Ulf Kristersson, un conservateur sous la menace de l'extrême droite

Ancien gymnaste, le chef de file des conservateurs suédois, Ulf Kristersson, est condamné à un délicat numéro d'équilibriste à l'approche des législatives du 9 septembre: droitiser son discours pour retenir ses électeurs tentés par l'extrême droite sans perdre ses alliés centristes.

Ce libéral de 54 ans pourrait devenir le prochain chef d'un gouvernement minoritaire aux contours impossibles à dessiner mais qui aura du mal, pour faire voter ses réformes, à se passer du soutien des Démocrates de Suède (SD, extrême droite), crédités d'autour de 20% des suffrages.

Son parti, les Modérés, est donné au gré des sondages devant ou derrière la formation anti-immigration de Jimmie Akesson, qui entend bien monétiser politiquement son influence et jouer les juges de paix au parlement.

Durant la campagne, Ulf Kristersson a fait de la réduction des prestations sociales son cheval de bataille, afin - justifie-t-il - d'inciter la population et en particulier les migrants, à (ré)intégrer le marché de l'emploi.

"Nous devons nous concentrer sur l'emploi et l'intégration afin de privilégier ce qui est au coeur du système de protection sociale", notamment l'accès à la santé et à l'éducation, a déclaré M. Kristersson lors de la présentation du programme électoral de son parti.

"Nous connaissons de graves problèmes à l'image des règlements de compte entre gangs, les files d'attente pour se faire soigner, les écoles défaillantes et ceux qui vivent des prestations sociales", énumère-t-il.

Dans son livre "Non-Working Generation" sorti en 1994, il comparait la réglementation du marché du travail en Suède - un élément clé du modèle de protection sociale - à l'Apartheid en Afrique du Sud: un système oppressif encourageant à l'assistanat.

Sur le plan économique, il hériterait d'une situation dans l'ensemble favorable, avec un excédent public, un chômage au plus bas depuis dix ans, une croissance attendue autour de 3% cette année.

Mais Ulf Kristersson, qui promet de réduire la pression fiscale, se fait fort de "créer quelque chose d'encore mieux en Suède, une société qui fasse émerger encore plus d'Ikea et de Spotify".

- "Politicien de la pause-café" -

Intellectuel et fin analyste, diplômé en économie, Ulf Kristersson est considéré comme un talentueux orateur, une qualité régulièrement mise à l'épreuve depuis que le parti a pris un virage à 180 degrés en matière de politique d'immigration.

Alors qu'en 2014, le Premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt encourageait les Suédois à "ouvrir (leur) coeur" à la veille de la crise migratoire en Europe qui a vu arriver en Suède plus de 160.000 personnes en 2015 - aujourd'hui le parti milite pour des mesures d’accueil beaucoup plus restrictives.

Elu à la tête de la section nationale des jeunes Modérés en 1988, Ulf Kristersson est rapidement devenu une étoile montante au sein du parti, faisant son entrée au Parlement en 1991.

En 1992, il est défait par Fredrik Reinfeldt, néolibéral comme lui mais plus conservateur, qui deviendra par la suite Premier ministre (de 2006 à 2014).

Il a ensuite été conseiller municipal à Strängnäs, où il réside à une heure de Stockholm, ainsi que dans la capitale, avant d'être nommé ministre de la Sécurité sociale sous le gouvernement Reinfeldt de 2010 à 2014.

En octobre 2017, il accède finalement au poste de chef du parti, après la démission d'Anna Kinberg Batra - critiquée pour avoir voulu sortir SD de son isolement.

Ulf Kristersson a rapidement insisté sur le fait qu'il ne négocierait pas avec SD et a affirmé vouloir continuer à coopérer avec l'Alliance de droite (libéraux, centristes et chrétiens-démocrates).

Mais l'Alliance et le bloc de gauche porté par le Premier ministre Stefan Löfven sont toutes deux créditées de près de 40% des suffrages d'après les sondages, insuffisant pour former un gouvernement.

Humble et posé, facile à vivre et ouvert à la discussion, arborant en toute occasion un sourire confiant, Ulf Kristersson devra déployer des talents de voltigeur dans les négociations épineuses qui suivront les élections.

Et ses opposants mettent en doute ses qualités de dirigeant pour maintenir la cohésion d'un pays de plus en plus divisé, en proie aux tentations de repli sur soi, au populisme, aux tensions avec la Russie et au spectre d'un ralentissement économique.

Au point de l'affubler du sobriquet peu flatteur de "politicien de la pause café" : beaucoup de paroles, peu d'actions.

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