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Espagne: Quim Torra, indépendantiste convaincu, élu président de Catalogne

Espagne: Quim Torra, indépendantiste convaincu, élu président de Catalogne
Le candidat séparatiste à la présidence du parlement catalan Quim Torra (G) arrive au parlement à Barcelone le 14 mai 2018Josep LAGO

Le parlement catalan a élu lundi à la présidence de la Catalogne le candidat séparatiste choisi par l'exilé Carles Puigdemont, Quim Torra, qui a promis de continuer à "construire un Etat indépendant" de l'Espagne.

"Nous ferons la République catalane", a déclaré l'éditeur de 55 ans, tout juste élu par 66 voix pour et 65 contre, avec les quatre abstentions du parti séparatiste d'extrême gauche Candidature d'unité populaire (CUP).

"Nous serons fidèles au mandat du referendum d'autodétermination du 1er octobre: construire un Etat indépendant, une République", a-t-il promis.

Le 1er octobre, plus de deux millions de Catalans (sur un total de 5,5 millions d'électeurs) ont participé à ce référendum interdit par Madrid et que la police a tenté d'empêcher. D'après les organisateurs, 90% se sont prononcés pour l'indépendance.

Quim Torra doit former son gouvernement dans les prochains jours, ce qui entraînera automatiquement la levée de la tutelle imposée par Madrid sur cette région de 7,5 millions d'habitants quand les députés séparatistes ont proclamé son indépendance le 27 octobre 2017.

M. Torra a annoncé dès le premier débat d'investiture samedi qu'il n'occuperait le poste que jusqu'au retour au pouvoir de Carles Puigdemont, "le président légitime".

Il se rendra dès mardi à Berlin pour y rencontrer son prédécesseur, que la télévision publique catalane a montré suivant en direct le discours de son protégé.

Le président destitué avait quitté l'Espagne fin octobre avant d'être inculpé pour rébellion, un chef d'accusation passible de 30 ans de prison. Il attend que la justice allemande se prononce sur une demande d'extradition de l'Espagne.

- Accusations de xénophobie -

Quim Torra s'est engagé à rétablir des lois catalanes suspendues ou annulées par la justice, de rouvrir les "ambassades" de Catalogne fermées par l'Etat et de lancer la rédaction de la Constitution de la future république catalane.

Il a évoqué la création de structures de gouvernement parallèles à l'étranger pour préparer la sécession: un "conseil de la République" présidé par Carles Puigdemont, et une assemblée composée d'élus locaux.

La dirigeante de l'opposition aux séparatistes Inés Arrimadas a durement attaqué les "discours xénophobes et identitaires" du candidat, qualifié de "marionnette de Puigdemont".

Elle a dénoncé les écrits anti-espagnols de M. Torra, qui a notamment qualifié de "charognards, vipères et hyènes" ceux qui ne défendent pas comme lui la culture et la langue catalane.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a rappelé qu'il pourrait à tout moment reprendre le contrôle de la région si M. Torra violait la Constitution.

- Président provisoire -

M. Puigdemont a souligné samedi dans une interview au journal italien La Stampa que son successeur désigné "prend le pouvoir dans des conditions provisoires et il en est conscient. A partir du 27 octobre, il pourra convoquer de nouvelles élections".

Le premier procès des 25 dirigeants indépendantistes poursuivis pour rébellion et d'autres délits pourrait s'ouvrir en octobre, un bon moment pour mobiliser les indépendantistes catalans contre "la répression" dans une campagne électorale, relèvent les commentateurs espagnols.

Neuf de ces dirigeants sont en détention provisoire et sept autres, dont Carles Puigdemont, ont fui à l'étranger.

La plupart appartenaient aux deux grandes formations séparatistes --le PDECAT conservateur et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC)-- qui prônent depuis une politique plus modérée.

Mais fort de son succès aux élections de décembre, où sa liste Ensemble pour la Catalogne a recueilli le plus de voix indépendantistes, M. Puigdemont leur a forcé la main et imposé son candidat, le chargeant de poursuivre la confrontation avec Madrid.

Un gouvernement "qui ne réponde qu'à Puigdemont" peut créer des tensions dans la coalition, a commenté Oriol Bartomeus, professeur de Sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone. "Il peut y avoir des problèmes, il peut y avoir des bagarres".

De plus, la CUP a prévenu qu'elle mènerait une opposition active, parce que le programme de gouvernement ne contient "pas de mesures républicaines et sociales qui répondent aux droits et aux besoins de la classe travailleuse".

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