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Le pape se souvient de l'anéantissement des juifs de Lituanie

Le pape se souvient de l'anéantissement des juifs de Lituanie
Le pape François dépose une gerbe de roses jaunes devant le mémorial des victimes du ghetto de Vilnius, le 22 septembre 2018 en LituaniePetras Malukas
histoire

Tête penchée, le pape François s'est recueilli dimanche devant le monument des victimes du ghetto de Vilnius, liquidé voici 75 ans, une courte halte obtenue de haute lutte par la communauté juive lituanienne.

Au cours de sa deuxième journée dans le petit pays balte catholique, le pape a pris soin d'évoquer les souffrances passées de l'ensemble de la population, sous le joug des nazis, puis sous le régime soviétique, en se rendant aussi dans une ancienne salle de torture du KGB.

Devant le mémorial des victimes du ghetto de Vilnius, un simple bloc de pierre, le pape a déposé un bouquet de roses jaunes avant de prier silencieusement.

Et de serrer la main de la responsable de la communauté juive, Faina Kukliansky, qui a obtenu cette étape au bout de "cinq mois de négociations" avec l'épiscopat, le Vatican et des organisations juives internationales.

"Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Avant d'organiser une visite d'Etat, on doit examiner le calendrier des commémorations prévues à ces dates. Dans ce cas le 75e anniversaire de la liquidation du ghetto de Vilnius", a-t-elle expliqué dimanche à l'AFP.

Dimanche, une survivante du ghetto de Vilnius, Fania Brancovskaja, 96 ans, a préféré aller au musée mémorial de Paneriai, quartier excentré de Vilnius et lieu de l'extermination de quelque cent mille personnes par les Allemands, dont une grande majorité de juifs.

"Je pense que c'est très important que le pape prie pour les victimes des nazis. Car il y a des gens dans le monde qui pensent que l'extermination c'est une invention des juifs", a-t-elle confié à l'AFP.

"C'est un message moral puissant, et pas seulement pour les juifs tués à Vilnius, mais pour tous les nôtres tués dans différents pays", a ajouté la seule survivante d'une grande famille juive.

Dans la matinée à Kaunas, la deuxième ville du pays, le pape avait donné le ton d'une journée tournée vers un passé tragique. "Il y a 75 ans, cette nation vivait la destruction définitive du ghetto de Vilnius. L’anéantissement de milliers de juifs, commencé deux ans auparavant, culminait alors", a rappelé le pape devant 100.000 fidèles catholiques. "Gardons la mémoire de cette époque". "Les générations passées ont été marquées par le temps de l'occupation, l’angoisse de ceux qui étaient déportés, l'incertitude pour ceux qui ne revenaient pas, la honte de la délation, de la trahison".

Au même instant, une vingtaine de juifs réunis dans l'unique synagogue non détruite de Vilnius (sur une centaine avant la Deuxième guerre mondiale), égrenaient tristement le nom de juifs assassinés du ghetto.

- "Jérusalem du nord" -

Appelés Litvaks, les juifs lituaniens formaient, jusque dans les années 1940, une communauté dynamique de plus de 200.000 membres, qui ont fait fleurir la littérature yiddish et la vie religieuse.

Les nazis ont procédé - avec des collaborateurs lituaniens - à l'extermination quasi totale des juifs à Vilnius (un tiers de la population), naguère surnommée "la Jérusalem du Nord".

Les rares survivants ont été parfois aidés par des Lituaniens, dont plus de 800 se sont vu décerner le titre de Justes parmi les nations par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem. Aujourd'hui, les juifs ne sont qu'environ 3.000 en Lituanie.

"La Lituanie a perdu une partie de son âme durant l'Holocauste", a tweeté dimanche le ministère lituanien des Affaires étrangères.

- Deux occupations -

Quand ils évoquent la Deuxième Guerre mondiale, les Lituaniens utilisent le pluriel pour parler de deux occupations : allemande et soviétique.

La police politique de l'URSS, le KGB, avait pris possession de la prison de la Gestapo et l'avait utilisée jusque dans les années 80 pour détenir et interroger notamment des prêtres

Tel Sigitas Tamkevicius, aujourd'hui archevêque octogénaire. Arrêté en 1983, il a été durement interrogé par les enquêteurs du KGB qui voulaient interrompre la rédaction d'un journal clandestin sur les persécutions des catholiques.

Après l'hommage aux victimes du ghetto, le pape s'est rendu dimanche dans la cellule de Mgr Tamkevicius. "Si on m'avait dit voici 35 ans lorsque j'étais emprisonnée dans cette prison du KGB que le pape en personne viendrait visiter ces sombres cellules, cela me serait apparu comme une utopie".

Dans une prière finale lue devant un monument aux victimes du pouvoir soviétique, le pape a espéré que leur mémoire et leur cri seraient aujourd'hui "un stimulant" pour ne pas souscrire à des "slogans simplistes".

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