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XV de France: une peur bleue nécessaire mais insuffisante

XV de France: une peur bleue nécessaire mais insuffisante
Camille Lopez et Wenceslas Lauret inconsolables après la défaite du XV de France devant les Gallois en Six Nations, le 1er février 2019 à Saint-DenisAnne-Christine POUJOULAT

Un ressort (presque) aussi vieux que le XV de France: aussi nécessaires soient-ils, la réaction d'orgueil et le vertige d'un déplacement en Angleterre, impressionnante en Irlande, ne suffiront pas aux Bleus pour l'emporter dimanche dans le Tournoi, estiment des anciens internationaux interrogés par l'AFP.

D'un côté le XV de France, une nouvelle fois battu vendredi en ouverture du Tournoi des six nations, à domicile par le pays de Galles (24-19), après s'être écroulé en seconde période; de l'autre le XV de la Rose, qui le lendemain a donné une leçon à l'Irlande chez elle (32-20), où elle était pourtant invaincue depuis novembre 2016.

Ainsi exposé, le tableau est sombre pour les Bleus avant de se rendre à Twickenham, où ils ne se sont plus imposés depuis 2007 (21-15 en préparation à la Coupe du monde), et même 2005 dans le Tournoi des six nations (18-17).

Le passé (de moins en moins) récent du XV de France est cependant jalonné de victoires inattendues contre plus fort que soi, en partie bâties sur la crainte de l'adversaire et la fierté personnelle après un échec cuisant.

"Quand tu as la peur de +prendre cher+, que tu joues contre plus fort, l'équipe est plus resserrée, concentrée, dure au mal. C'est naturel, et cela devrait se faire naturellement pour les Bleus cette semaine" explique l'ancien demi de mêlée international Guy Accoceberry.

"Qui plus est dans le contexte d'un +Crunch+, face aux Anglais" ajoute Pierre Berbizier, ancien N.9, également, puis sélectionneur des Bleus.

Mais tous deux s'accordent également à dire que ce XV de France-là, qui n'a remporté que trois de ses douze matches depuis l'arrivée de Jacques Brunel au poste de sélectionneur début 2018, part de trop loin face à cette Angleterre-là pour compter sur ce seul ressort afin de se relancer.

"Dans certains cas, ça peut suffire. Mais vu l'avance de l'Angleterre, ça ne suffira pas. Ca peut t'aider à ne pas prendre la marée annoncée, mais pas à réaliser un miracle", souligne Accoceberry.

- Fondations peu solides -

"De l'envie, de l'enthousiasme, les jeunes qui sont entrés vendredi en ont montré, mais ça n'a pas suffi. Car le supplément d'âme vient en appui d'une stratégie, et non l'inverse", appuie Berbizier.

Les fondations des Bleus auxquelles adosser ce sursaut d'orgueil seraient trop peu solides pour leur permettre de garder le cap lorsque le bateau tanguera. "Si tu maîtrises tes basiques, tu peux te rassurer en te disant +en faisant ça ou ça, on arrivera à contenir la vague+", développe Accoceberry.

Ainsi, les derniers grands exploits tricolores ne venaient pas de nulle part: en 2007, le XV de France venait de remporter le Tournoi deux années de suite avant d'éliminer les All Blacks en quarts de finale de la Coupe du monde (20-18).

Et si leurs prédécesseurs de 1999 (43-31 en demi-finales face à la Nouvelle-Zélande, déjà, et à... Twickenham) sortaient d'un Tournoi complètement raté (dernière place), "on avait aligné quand même avant (la demi-finale) quelques victoires, même sans bien jouer, dont contre l'Argentine en quarts de finale", se souvient Jean-Claude Skrela, le sélectionneur à l'époque (avec Pierre Villepreux).

"Quand tu gagnes, mentalement c'est différent" ajoute l'ancien international. Ce que les Bleus ne savent (presque) plus faire.

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