"Aucun intérêt à faire ce grand débat": des milliers de "gilets jaunes" à Toulouse

Des milliers de "gilets jaunes" manifestent à Toulouse, le 26 janvier 2019Pascal PAVANI

"Il faut que ça change, y'a aucun intérêt à faire ce grand débat": des milliers de "gilets jaunes" ont de nouveau défilé samedi en scandant "Macron démission" dans les rues de Toulouse, une semaine après un record national de mobilisation dans la Ville rose.

Des échauffourées ont éclaté en fin d'après-midi entre "gilets jaunes" et forces de l'ordre, comme les semaines précédentes.

Dans les rangs des manifestants, parmi lesquels figuraient des militants CGT, deux cibles favorites: le président Emmanuel Macron et le grand débat national lancé par l'exécutif pour sortir de plus de deux mois de crise.

"Il faut que ça change, y’a aucun intérêt à faire ce grand débat", lance Max, un grand gaillard au look biker.

"On a des élus, ils sont payés pour faire leur boulot, qu’ils le fassent et si ça va pas, on en élira d’autres", poursuit-il. "Ce qu’on veut tout de suite, c’est une augmentation du pouvoir d’achat et une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité".

Pour Maria, plasticienne retraitée, qui vit "en dessous du seuil de pauvreté" avec son mari, "le grand débat, c’est une fumisterie, c’est pour attirer l’attention sur autre chose". "Pour moi, l’essentiel c’est obtenir une vraie démocratie, le référendum d’initiative citoyenne (RIC), c’est un des moyens".

Mais elle pense aussi au monde qu'elle va laisser: "Je suis ici pour mes petits-enfants, ils n’ont pas d’avenir, la planète est de plus en plus polluée et on ne sait pas ce qu’on va faire des déchets radioactifs".

- "Restaurer l'ISF" -

La lutte pour un meilleur pouvoir d'achat et la restauration de l'ISF sont sur toutes les lèvres: "Il faut qu’il (le président Macron) restaure l’ISF ça permettrait peut-être de ne pas augmenter le carburant", soutient Jacky, venue d'Albi. "On veut aussi moins de dépenses et la fin des privilèges, par exemple des grosses retraites pour certains fonctionnaires".

Pour "Cathy", qui fait du maraîchage dans le Gers et porte un bonnet jaune fait main marqué RIC, "ce qu’on veut, c’est l’augmentation du pouvoir d’achat" avec "la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité".

Depuis le début du mouvement à Toulouse, 353 interpellations ont été recensées et une quarantaine de peines d'emprisonnement prononcées avec 20 mandats de dépôt, selon le procureur de Toulouse Dominique Alzeari.

Plus de 250 plaintes ont été déposées pour dégradations concernant des commerces et véhicules, a détaillé le magistrat vendredi. Les agences bancaires et immobilières du centre-ville, une zone huppée, ont été particulièrement ciblées.

Selon lui, la très grande majorité des personnes interpellées sont des hommes entre 25 et 35 ans, seulement 10 sont des mineurs. Beaucoup sont sans emploi mais il y a aussi des artisans et commerçants.

- fortes inégalités régionales -

Champion de la croissance démographique au plan national depuis plusieurs années, l'aire urbaine toulousaine (1,3 million d'habitants), qui accueille le siège mondial d'Airbus, se développe très rapidement, accentuant le sentiment d'injustice pour les moins nantis.

L'expansion urbaine et des transports en commun encore insuffisants ont considérablement allongé ces dernières années les temps de transport et donc les coûts pour les automobilistes.

Fuyant la hausse des prix de l'immobilier, les moins aisés ont été relégués en deuxième couronne, jusqu'à 50 km de leur lieu de travail.

"Les gagnants de la mondialisation sont dans le coeur de la métropole, sur le pôle aéronautique, mais dès qu'on passe les faubourgs et les quartiers ghettoïsés, il n'y a pas les gagnants, il y a les perdants", selon le président PS du conseil départemental Georges Méric.

Le reste de la Haute-Garonne, notamment le sud, est beaucoup plus rural et moins dynamique. Les Hautes-Pyrénées et le Lot perdent des habitants. Et l'Aude voisine est le département le plus pauvre de la métropole derrière la Seine-Saint-Denis.

Avec une tradition politique contestataire très forte, l'Occitanie est aussi la deuxième de métropole la plus touchée par le chômage après les Hauts-de-France. Elle compte un grand nombre d'allocataires de minimas sociaux, notamment sur le littoral et en Ariège.

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