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"Avant, on avait une vie": des sinistrés de l'ouragan Irma à Saint-Martin

"Avant, on avait une vie", soupire Silvane Joinvil, 39 ans, "mise dehors" par l'ouragan Irma qui a détruit sa maison en septembre à Saint-Martin, et toujours logée, six mois après, dans une école de Marigot transformée en centre d'hébergement d'urgence.

La pièce est encombrée de cinq lits improvisés, de plusieurs matelas, de cartons de vêtements qui s'entassent, de trois frigos et d'une multitude de peluches, jouets et vélos d'enfant.

Dans cette salle de classe de l'école Nina Duverly, au 2e étage, Silvane, originaire d'Haïti, et ses deux filles de 12 ans et 1 an et demi ont trouvé refuge avec deux autres familles. Onze personnes y cohabitent, dont 7 enfants.

Au total, 85 personnes "cyclonées", comme se désignent les victimes d'Irma, soit 27 familles et 36 enfants, sont hébergées par la collectivité territoriale de Saint-Martin dans cette école, à raison d'une, deux ou trois familles dans chacune des 13 classes, explique Juanita Ferdinand, responsable du centre.

"Il peut s'agir de locataires qui attendent les indemnisations des assurances ou des travaux de la part de leur propriétaire. Mais certains propriétaires en ont profité pour virer leurs locataires", déplore-t-elle.

Au plus fort de la crise, l'école comptait 130 personnes. "On va dire que la cohabitation parmi ces familles de différentes nationalités se passe bien, mais, de temps en temps, il y a de petites choses", explique Annick Pétrus, vice-présidente de la collectivité. "Ils doivent cohabiter avec leur langue, leur éducation" mais ce sont "des personnes formidables qui s'accrochent".

"Ma maison à Morne Valois n'a plus de toit, mon propriétaire ne veut pas réparer", explique Silvane, qui s'était réfugiée chez sa voisine pendant l'ouragan.

La mère de famille qui travaillait comme "barmaid" n'a "plus de job. Il n'y a plus de restaurants, plus de boulot et les propriétaires ont profité de la situation pour augmenter les loyers. Comment on fait pour retrouver un logement ?", demande-t-elle, assise sur le matelas qu'elle occupe avec ses deux filles, dans un coin de la pièce. Aux fenêtres, elle a accroché des paréos colorés.

"Ici, elle est où l'intimité?", se désole-elle, "je suis fatiguée de vivre ça".

-10 jours dans une église-

"Parfois, c'est un peu compliqué, on n'arrive pas à dormir, les enfants font du bruit", renchérit sa cousine Cilienne Alce, qui dort dans la même pièce avec son mari et leurs deux enfants, dont le plus âgé va passer le brevet à la fin de l'année.

Mais il a du mal "à se concentrer pour faire ses devoirs" dans une telle situation, poursuit cette cuisinière au chômage partiel depuis que le restaurant qui l'employait a été dévasté.

Pas de cuisines et pas d'eau dans les classes mais elle va préparer les repas dans la cantine de l'école. Pour laver le linge, il faut descendre la petite machine à laver en plastique qu'elles ont récupérée jusqu'aux toilettes, où des douches provisoires ont été installées.

Cilienne en est à son "quatrième hébergement". Elle et sa famille ont vécu l'ouragan réfugiés "dans une église", où ils sont restés dix jours, après la destruction de leur maison à Agrément.

Ils ont ensuite été relogés "dans une école puis sous des tentes à Grand Case". Mais, avec l'approche d'un deuxième cyclone, José, "il y avait tellement de vent, on ne pouvait pas rester". La famille a été rapatriée à l'école Nina Duverly.

"C'est un peu mieux par rapport au temps passé sous la tente mais j'espère qu'on ne va pas rester trop longtemps", dit-elle, à la recherche d'une nouvelle location, en vain pour l'instant.

Pour cause, "il y a une pénurie de logements" et donc "des locations plus chères", constate Olivier Fatou, juriste à l'association d'aide aux victimes Trait d'union.

Pour les "cyclonés" de l'école, "la collectivité s'est donnée comme date butoir jusqu'en juin" pour trouver une solution pour tout le monde, explique Annick Pétrus.

Mais "les bailleurs sociaux, également impactés par l'ouragan, ont aussi du mal à reloger leur propres locataires", reconnaît-elle, sans exclure de devoir recourir "à des mobile homes ou des Algeco".

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