De la délinquance aux viols, le parcours du "tueur de la gare de Perpignan"

De la délinquance aux viols, le parcours du
Les avocats de Jacques Rançon (dans le box des accusés), Xavier Capelet (g) et Gérald Brivet-Galaup (d), à l'ouverture du procès du "tueur de la gare", le 5 mars 2018 à PerpignanRAYMOND ROIG

Les enquêteurs l'avaient surnommé le "tueur de la gare de Perpignan": vingt ans après, le procès de Jacques Rançon, qui s'est décrit comme un "pestiféré" depuis l'enfance, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales.

Cet ancien cariste magasinier de bientôt 58 ans est jugé pour avoir violé, tué et atrocement mutilé deux femmes en 1997 et 1998. Il lui est aussi reproché d'avoir tenté de violer une autre femme et d'en avoir laissé une quatrième pour morte.

"Quand j'étais petit, j'étais malheureux, mes parents n'étaient pas +câlineux+. Je n'avais pas d'amis. On vivait dans la dernière maison en bois du village. J'étais le pestiféré", a répondu l'accusé à la Cour, quand on lui demandait de raconter son enfance.

Et de brosser le portrait d'une famille qui l'a maltraité durant les premières années de sa vie, avec une mère "simplette" qui le battait et un père, maçon à la retraite né en 1907, qui ne "s'occupait pas de lui" ni de ses 16 autres enfants, préférant aller "à la pêche".

A l'adolescence, Rançon est tombé dans la délinquance. "Avec un copain, on volait des voitures. On en a volé 48", admet-il.

Il reconnaît une première agression sexuelle à 16 ans, pour laquelle il ne sera pas poursuivi: les gendarmes ont convaincu la victime de ne pas porter plainte car c'était un "pauvre malheureux".

- Sanglots -

Quant à sa relation avec les femmes, Rançon fait part de sa préférence pour une relation "à vie". "Vous êtes un romantique?", demande le président Régis Cayrol. "Oui", susurre Rançon. "Va falloir nous l'expliquer", ironise alors le président qui demande un peu plus tard: "pourquoi violez-vous ?" "Je ne sais pas", répond-il d'une voix devenue éraillée.

Auparavant, l'accusé a gardé la tête baissée pendant toute la lecture des faits. Veste grise sur t-shirt orange vif, des vêtements prêtés parce que les siens prévus pour l'audience avaient été perdus par l'administration pénitentiaire, selon Me Xavier Capelet, son avocat.

Les parties civiles, installées en face de l'accusé, ont essayé de capter son regard. Notamment Conception Gonzalez, la mère de la dernière victime, Marie-Hélène, 22 ans, tuée le 16 juin 1988. Elle l'a parfois insulté à voix basse et a éclaté en sanglots pendant l'insoutenable lecture des faits. Elle a finalement quitté le prétoire.

"Il faut qu'il paye pour ce qu'il a fait, à ma fille, aux autres victimes, à moi, mon mari, ma famille", avait-elle déclaré il y a quelques jours.

Vingt ans après les faits, le procès signe l'épilogue de l'affaire dite des "disparues de Perpignan" qui avait créé une psychose dans la cité catalane dans les années 1990.

Rançon encourt la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans. Il pourrait aussi se voir infliger une rétention de sûreté en fin de peine, car il était en état de récidive légale en raison de sa condamnation pour viol aggravé en 1994.

C'est grâce à un nouveau logiciel du fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) qu'il a été identifié le 13 octobre 2014 dans ce dossier. A l'origine, une trace sur le dessus de la chaussure droite de Moktaria Chaïb, 19 ans, tuée le 21 décembre 1997.

Aux enquêteurs, ce père de 4 enfants de 3 mères différentes qui avait déjà passé 12 ans en prison, a avoué le meurtre de Moktaria. Il a ensuite été reconnu par Sabrina qui lui avait échappé miraculeusement le 9 mars 1998. Elle l'avait vu sur une photo dans un journal au lendemain de l'interpellation.

En 2015, il a avoué avoir tué Marie-Hélène, retrouvée décapitée, amputée des mains, les parties génitales découpées. Puis il a admis l'agression sexuelle de Nadjet, le 20 décembre 1997.

En revanche, rien n'a pu être retenu contre lui dans la disparition de Tatiana Andujar, dont personne n'a de nouvelles depuis le 24 septembre 1995.

A cette date, Rançon a un alibi: il était incarcéré à Amiens pour viol. "Je n'ai pas eu de permission", a-t-il assuré.

La mère de la lycéenne était toutefois présente au début de l'audience.

Le verdict est attendu le 26 mars.

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