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"Gilets jaunes" : des policiers et gendarmes "fatigués" confrontés à la "violence"

Des policiers sont la cible de jets de peinture lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Rennes, le 23 février 2019LOIC VENANCE

Ils abordent leur dix-septième samedi de manifestation des "gilets jaunes" : des policiers et gendarmes racontent à l'AFP les "violences", leur "fatigue" et la polémique sur l'usage du lanceur de balles de défense.

"Ca commence à devenir long". Policière dans une unité de Brigade anticriminalité (BAC), Alice (tous les prénoms ont été modifiés) a couvert "plus de la moitié" des manifestations parisiennes. Rappelée un samedi de repos, la jeune femme a travaillé "de 5H30 à 22H30". Aujourd'hui, ce n'est plus le cas mais "on est très, très fatigué".

"C'est la première fois qu'on est mobilisé sur une période aussi longue", ajoute Quentin, gendarme mobile. "On a conscience que c'est un événement important. On est là tous les week-end, malgré la fatigue, malgré les familles pour qui ce n'est pas évident".

Descendus pour la première fois dans les rues du pays le 17 novembre pour dénoncer la hausse des taxes et réclamer plus de pouvoir d'achat, les Français se revendiquant "gilets jaunes" ont ensuite multiplié les revendications hétéroclites en réclamant la démission d'Emmanuel Macron.

Samedi marquera l'acte 17 de ce mouvement social inédit né sur les réseaux sociaux, que le président tente d'éteindre avec un débat national lancé le 15 janvier. Il doit s'achever mi-mars, après des réunions dans tout le pays pour recueillir les doléances des Français.

"On est des citoyens comme les +gilets jaunes+, parfois on a les mêmes revendications comme le pouvoir d'achat. Malheureusement aujourd'hui, dans les manifestations il y plus de casseurs que de +gilets jaunes+", estime Alice.

Pour Sébastien, policier parisien, "les manifestants sont moins nombreux mais ceux qui restent sont particulièrement agressifs".

Le samedi 2 février, Alice était mobilisée place de la République à Paris, théâtre de heurts et de pillages. "Je me suis pris une table et une chaise sur la tête et des coups de barre de fer". Selon certains de ses collègues, les violences ce jour-là "étaient pires" que celles, pourtant spectaculaires, vécues le 1er décembre sur les Champs-Elysées.

- "De la peinture et des excréments" -

"Mon épouse est inquiète depuis les violences de décembre à l'Arc de Triomphe et du boxeur (Christophe Dettinger, condamné par la justice pour avoir frappé deux gendarmes le 5 janvier à Paris, ndlr). Je ne fais pas ce métier pour prendre des pavés sur la tête ou qu'on se défoule sur ma pomme", dit Quentin.

Ces membres des forces de l'ordre rapportent aussi un autre type de violence : "Un samedi, on a reçu de la peinture et des excréments, c'est inadmissible", témoigne Alice. Samedi dernier, des policiers à Marseille et Montpellier affirment également avoir essuyé des jets d'excréments.

Autre sujet "mal vécu" par les policiers : la polémique sur l'utilisation du lanceur de balles se défense (LBD), qui a blessé, parfois grièvement, des manifestants notamment à l'oeil.

La Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU a réclamé cette semaine à la France une "enquête approfondie" sur "l'usage excessif de la force" pendant les manifestations des "gilets jaunes".

"Il y a toujours des injonctions" avant usage du LBD, affirme Alice.

"Il y a bien-sûr des cas dramatiques de mutilation mais un casseur qui ramasse une grenade et a la main arrachée, à qui la faute ?", interroge Sébastien qui "sait qu'il y a aussi quelques cas de violences illégitimes" chez les policiers.

"Pour décider si un matériel est inadapté, on ne peut pas uniquement regarder les effets négatifs, sinon on interdit même le (paracétamol) qui a aussi des effets secondaires", ajoute-t-il.

Selon le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, plus de 13.000 tirs de LBD ont été enregistrés et 83 enquêtes concernant des tirs de cette arme controversée sont en cours. Au total, 2.200 manifestants ont été blessés, et près de 1.500 côté forces de l'ordre.

"Lorsque tu interpelles un casseur, tu as cinquante personnes qui filment et se mettent devant toi. Certains estiment être une garantie contre les bavures, ils sont persuadés que tu vas tuer les gens. Les gens n'ont plus de repères", se désole Sébastien.

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