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"Gilets jaunes": les Clermontois stupéfaits après les violences inédites de la veille

Feu de poubelle à Clermont-Ferrand, samedi 23 février 2019Thierry Zoccolan

"Mal au cœur", "désolant", "jamais vu": la stupéfaction était de mise dimanche parmi les habitants de Clermont-Ferrand, au lendemain des violences, inédites pour la ville, qui ont émaillé la manifestation régionale des "gilets jaunes".

Car la capitale auvergnate n'avait jamais connu jusqu'alors pareils heurts entre casseurs et forces de l'ordre. Depuis le premier rassemblement de "gilets jaunes "mi-novembre, toutes les manifestations s'étaient déroulées dans le calme, au point qu'aucune grenade de gaz lacrymogène ni balle de défense n'avaient été tirées.

"C'est désolant, on ne comprend pas. Ce n'est pas les Clermontois qui ont pu faire ça. On a regardé les images hier à la télé, ce n'était pas la même place de Jaude, le même Clermont si vivant et calme d'habitude", regrette Thomas Fageole, qui se baladait dimanche en famille sur la place emblématique de la ville, qui avait retrouvé sa quiétude.

Samedi, "du coup on n'est pas sorti. On a expliqué aux enfants que c'était un jour férié. C'était très étrange, l'hélicoptère (des forces de l'ordre) tournoyait toute la journée au dessus de chez nous", ajoute son épouse, Ambre, tandis que Louis, leur fils, demande interloqué "pourquoi les magasins sont recouverts de morceaux de bois".

"Moi j'ai jamais vu ça ! Ca fait mal au cœur de voir ça", raconte à son tour Yves, 86 ans, devant les éclats de verre d'une boutique de téléphonie mobile.

"Du temps de Pompidou, Mitterrand, Chirac... on manifestait mais jamais cela s'est terminé de la sorte. Pourtant, on en a vu des manifestations de la CGT. Ils s'en sont même pris aux pompiers (qui venaient éteindre un feu de poubelles), vous vous rendez compte?"

"Même en mai 68 à Clermont, on a jamais vu ça" renchérit Noëlle 72 ans, croisée devant la devanture endommagée d'une enseigne de chaussures.

Devant les grilles métalliques endommagées d'une boutique Orange, Alexandre était lui "rassuré". "Au moins, ils n'ont pas cassé mon outil de travail. On va pouvoir revenir travailler, pas comme à Saint-Etienne où les casseurs ont complètement pillé un magasin" début décembre, ajoute le jeune salarié, de passage lors de sa course à pied, sous un soleil radieux.

Samedi après-midi, la manifestation régionale, qui avait réuni entre 2.500 selon la préfecture et 5.000 personnes selon les "gilets jaunes", avait pourtant débuté dans le calme avant les premiers tirs de grenades de gaz lacrymogène n'éclatent aux abords du palais de justice.

Le cortège s'était ensuite rapidement disloqué et ne restait sur place en fin de journée qu'entre "50 et 100 individus" qui ont dégradé une douzaine de commerces et jeté des projectiles sur les forces, selon le parquet.

Parmi eux, des groupuscules venus de l'étranger, "d'Allemagne et d'Italie", précise à l'AFP le procureur de la République, Eric Maillaud.

Au total, 37 personnes ont été interpellées, donnant lieu à 22 gardes à vue. Dimanche soir, 18 d'entre eux étaient encore dans les locaux de la police.

"Les policiers ont le sentiment d'avoir eu à faire à de vrais professionnels. Les mesures mises en places dès lundi ont permis d'éviter de plus lourds dégâts", a estimé samedi soir la préfète du Puy-de-Dôme Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc, qui évoque par ailleurs "une violence sans retenue et organisée".

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