"Le tueur de la gare de Perpignan" face au viol et au meurtre d'une auto-stoppeuse de 22 ans

Jacques Rançon, accusé d'homicides volontaires, le 5 mars 2018 à la cour d'assises de PerpignanRAYMOND ROIG

"C'est de la boucherie", s'est écrié l'avocat général en fixant Jacques Rançon : la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales s'est penchée mercredi sur le viol et le meurtre de Marie-Hélène Gonzalez, une jeune auto-stoppeuse retrouvée éviscérée, décapitée et mains tranchées.

C'est une audience pesante, souvent insoutenable tant pour la famille de Marie-Hélène que pour le frère de Moktaria Chaïb, elle aussi tuée et violée par Jacques Rançon, alias "le tueur de la gare de Perpignan".

Aucun détail sur les sévices subis par la jeune auto-stoppeuse de 22 ans ou sur l'état du cadavre lors de sa découverte, ne leur aura été épargné. A tel point qu'à la mi-journée, lors de la suspension de séance, les deux frères de Marie-Hélène tenteront de s'en prendre à Jacques Rançon, de le saisir par le cou, après s'être précipités en un éclair sur le box vitré des accusés.

"J'ai pris Marie-Hélène en stop", avait raconté Rançon, interrogé sur cette nuit du 22 juin 1998. Arrivée en train à Perpignan, la jeune femme voulait se rendre chez ses parents, à Toulouges (Pyrénées-Orientales).

"Je l'ai emmenée tant bien que mal jusqu'à un terrain vague. J'ai mis le siège en couchette, je me suis mis sur elle, elle se débattait, elle criait", dit-il.

Le viol ayant tourné court, Rançon va l'étrangler avec un fil électrique extrait de la boîte à gants, puis traîner le corps dans un terrain vague.

- "Trophée" -

Là, "j'ai découpé la tête et les mains", avec un couteau de cuisine, poursuit-il, soulevant un murmure d'effroi dans la salle d'audience. "Après, j'ai mis la tête et les mains dans un sac. Je suis parti dans la campagne pour les jeter", explique encore celui qui, à ce moment-là, vivait en couple à Perpignan.

Le crâne sera retrouvé quelque six mois plus tard, dans un fossé, 20 km plus loin. Le cadavre lui avait été découvert environ une dizaine de jours après le crime, amputé, thorax ouvert, entièrement éviscéré. Les seins et les organes sexuels avaient été découpés. Comme pour Moktaria Chaïb.

Soumis pendant près d'une heure au feu des questions de la cour et des avocats, Rançon reconnaît avoir pris en stop Marie-Hélène dans un but précis: obtenir une relation sexuelle. Mais la jeune femme se débattant, celle-ci ne durera qu'une vingtaine de secondes.

"Vous tuez pour 20 secondes de plaisir !", s'écrie l'avocat général, Luc-André Lenormand.

"De la boucherie!, hurle M. Lenormand. Vous êtes un boucher!", lance-t-il en fixant l'accusé. Mais lui se défend d'avoir "découpé le sexe". "Avouez-que vous les avez pris", "comme un trophée", insiste le magistrat. "Non", rétorque Rançon, d'une voix forte.

- "Peine abyssale" -

Quelle justification donner à ces actes de mutilation ? Le médecin légiste Bernard Donnezan évoque "une notion de volonté, de rage et de frustration" pour réaliser ce genre d'acte. Il faut aussi de la "force" et une "volonté certaine" pour réaliser la dissection.

Mais Rançon ne garde aucun souvenir de l'éviscération ni du temps qu'il a fallu pour réaliser ces actes, ni de son état d'esprit à ce moment-là. Des trous de mémoire qui exaspèrent l'avocat des parties civiles, Me Étienne Nicolau.

Dans le box, Rançon est resté toute la journée immobile, les yeux rivés au sol.

Ce n'est qu'à la demande d'un de ses avocats qu'il jettera un regard sur les écrans où s'affiche la photo de Marie-Hélène Gonzalez, une jeune femme au visage radieux encadré par de longs cheveux bruns aux reflets auburn qui s'affiche sur des écrans.

Une jeune femme qui enchaînait les boulots saisonniers à la mer ou à la montagne, "qui aimait la vie, qui ne voyait jamais le danger", témoigne son amie Nathalie Pluchard. "Elle croquait la vie à pleines dents".

"Une jolie femme", "appréciée pour sa gentillesse, pour sa générosité", assure une enquêtrice de personnalité, Candice Garabello.

Sur le banc des parties civiles, la mère et la soeur de Marie-Hélène sont en larmes. Comme les autres proches de Marie-Hélène, sa mort et "les 17 années qui se sont écoulées (avant l'interpellation de Rançon) les ont plongées "dans une peine abyssale", souligne Mme Garabello.

Verdict, le 26 mars.

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