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"Le tueur de la gare de Perpignan": un "monstre froid" débusqué après 17 ans d'enquête

Jacques Rançon, accusé d'homicides volontaires, le 5 mars 2018 à la cour d'assises de PerpignanRAYMOND ROIG

Dix-sept ans de traque, de recherches tous azimuts, d'espoirs déçus avant l'identification et le "moment exceptionnel" où enfin ils ont vu le "monstre froid", celui qu'ils surnommaient le "tueur de la gare de Perpignan".

Aux onzième jour du procès, le commissaire Gilles Soulié a raconté par le détail mercredi aux jurés de la cour d'assises des Pyrénées-Orientales comment Jacques Rançon a été débusqué au terme d'une enquête tentaculaire, complexe qui a "purgé" plusieurs dizaines de pistes.

Originaire d'un milieu miséreux de Picardie, ce cariste-magasinier de 58 ans, est jugé pour le viol et le meurtre de Moktaria Chaïb et de Marie-Hélène Gonzalez ainsi que pour une tentative de meurtre et une tentative de viol. Les faits ont été commis entre 1997 et 1998.

"On a tous rêvé de l'avoir en face et quand on l'a vu, c'était un moment exceptionnel. On s’imaginait tous que c'était un monstre. Et je dirais que l'on n'a pas été déçus", a affirmé, gorge nouée, le commissaire Gilles Soulié, responsable de l'antenne de la PJ de Perpignan de 1994 à 2000. Il était revenu dans le dossier comme patron du SRPJ de Montpellier en 2004.

"C'est un homme précis qui n'a aucune pitié pour ses victimes, c'est à vomir", a-t-il ajouté.

"Quand on a l'ADN de Jacques Rançon, tout s'emboite. On est sûr que c'est lui. Tout le travail que l'on a fait a pris corps", a relevé M. Soulié, se remémorant la joie des enquêteurs lorsque de nouvelles expertises ADN avaient permis l'identification en 2014.

Son profil avait "matché" dans le Fichier des empreintes génétiques (FNAEG), où il était fiché comme violeur depuis 2001. Mais c'est seulement le 16 octobre 2014 à 2h30 du matin, lors de la 6e audition de sa garde à vue, que Rançon a avoué le meurtre de Moktaria et donné des détails que "seul le meurtrier pouvait connaître".

Après "notre obsession", c'était Marie-Hélène, a rappelé M. Soulié. Mais les événements s'étaient accélérés. Dès le lendemain Sabrina avait appelé la PJ: elle avait reconnu dans la presse celui qui l'avait laissé pour morte.

Devant les enquêteurs, Rançon a avoué l'agression. Puis quelques jours plus tard, il a reconnu également le meurtre de Marie-Hélène. Avec des termes abjects qui révulsent les policiers: "Je lui ai mis un truc dans la gorge pour pas qu'elle gueule", a rapporté M. Soulié.

Provocateur et froid, il a lancé aux enquêteurs: "Je suis revenu pour brûler le corps mais manque de pot, vous étiez déjà passés".

- "Jamais vu ça" -

"Ça fait trente ans que je fais ce métier et je n'ai jamais vu ça", a confié Gilles Soulié, désormais directeur interrégional de la police judiciaire à Rennes.

Le commissaire est aussi revenu sur les "erreurs" au début de l'enquête. "Le propre d'une enquête c'est de rester sur des faits et surtout de ne pas se faire polluer par des +experts+", a-t-il déploré.

Les experts médicaux avaient suggéré la piste d'un tueur ayant des compétences médicales, évoquant "la minutie des mutilations". Cet élément et quelques autres, comme un faux alibi et des mensonges, avaient mis en cause le 22 janvier 1998 un péruvien pratiquant la chirurgie grâce à un faux diplôme, "le coupable idéal". Il bénéficiera d'un non lieu en avril 2003.

"On a eu jusqu'à 45 enquêteurs à plein temps qui ont travaillé sur le dossier", a précisé M. Soulié, égrenant ensuite les dix pistes prometteuses, les surveillances, les écoutes, les enquêtes de voisinages, le recours aux profileurs "des escrocs à la mode à l'époque", les appels à témoins dans la presse locale, nationale et même lors d'une émission de France 2.

"On a tout fait dans ce dossier", a lâché le policier devant Jacques Rançon resté tout le temps et comme toujours, les yeux au sol, impassible.

"Non, il n'y a pas d'autres victimes", a-t-il simplement répondu au président qui envisageait d'autres crimes.

Le verdict est attendu le 26 mars.

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