A Bordeaux, une mère jugée pour l'infanticide de cinq nouveau-nés

A Bordeaux, une mère jugée pour l'infanticide de cinq nouveau-nés
La maison où les corps congelés de cinq nouveaux-nés ont été retrouvés, à Louchats, photographiée le 20 mars 2015MEHDI FEDOUACH
Enfants

Trois ans jour pour jour après la macabre découverte, le procès d'un quintuple infanticide s'ouvre lundi devant la cour d'assises de la Gironde, où une jeune mère devra répondre du meurtre de ses cinq nouveau-nés, retrouvés chez elle à Louchats.

Au coeur de ce procès qui s'annonce complexe, l'épineuse question du déni de grossesse et de la responsabilité pénale de la mère.

Car Ramona Canete, 38 ans, poursuivie pour "meurtres sur mineurs", sera seule sur le banc des accusés. Son mari, Juan-Carlos, mis en cause au tout début de l'enquête pour "non-dénonciation de crime" et "recel de cadavres", a été disculpé par la justice.

Cet ouvrier agricole de 42 ans affirme qu'il n'a jamais rien su des cinq grossesses de Ramona, toutes menées à terme, entre 2005 et 2015.

Le 19 mars 2015, c'est lui qui avait donné l'alerte après la découverte d'un premier cadavre de bébé au domicile familial.

Aujourd'hui encore, Juan Carlos "soutient inconditionnellement" Ramona et "ne lui en veut pas", assure à l'AFP Me Naji Medawar, qui a obtenu son non-lieu.

Il ne s'est d'ailleurs pas porté partie civile comme il aurait pu le faire. "M. Canete est un mari fou amoureux", insiste Me Medawar, "c'est ce qui lui a fait perdre sa lucidité".

Il ne fait aucun doute pour l'avocat qu'il s'agit d'un "déni de grossesse" et que "Ramona Canete est malade mais pas une tueuse vicieuse. La congélation des bébés montre bien qu'elle cherchait à les faire revivre plus tard".

A Louchats, petit village du sud de la Gironde, voisins, amis et commerçants décrivent Ramona comme une femme "aimable, polie, et discrète", menant une "vie sans histoires"... jusqu'au 19 mars 2015.

Ce jour-là, l'une des deux filles du couple, toutes deux adolescentes, fait une macabre découverte dans une chambre: le corps sans vie d'un nourrisson, caché dans un sac isotherme.

Elle prévient aussitôt son père qui alerte les gendarmes et révèle l'une des plus graves affaires d'infanticides de la décennie en France.

- 'essayer de comprendre' -

L'autopsie de ce bébé de sexe masculin - vraisemblablement né 48 heures auparavant - révèle qu'il était viable à la naissance. Mais dans les heures qui suivent la découverte de ce premier corps, les enquêteurs en font une plus macabre encore: quatre autres cadavres de nourrissons enfouis dans le congélateur familial, tous nés viables.

Louchats et ses habitants sont abasourdis. La commune de 700 âmes fait corps face aux médias qui "s'acharnent contre cette famille unie", "connue de tous" et "très impliquée dans la vie du village", selon les rares témoignages recueillis à chaud.

Ramona Canete, "déboussolée", est aussitôt hospitalisée dans une unité de soins psychiatriques.

Après une première visite à l'hôpital, Me Arnaud Dupin, son avocat, explique que sa cliente est "en capacité de verbaliser mais son état nécessite une analyse prudente et approfondie de ses propos". "Les infanticides sur des bébés", selon Me Dupin, "ont toujours une dimension psychologique et psychiatrique qu'il faut prendre en compte pour expliquer le geste".

"Essayer de comprendre le geste, c'est aussi la motivation des parties civiles dans ce procès", aussi bien la famille de Ramona Canete que l'association de protection de l'enfance "Innocence en danger", renchérit Me Nathalie Bucquet qui plaidera au nom de l'association.

"On n'est pas là pour tirer sur l'ambulance, mais pour donner une voix aux enfants, et pour comprendre pourquoi une femme qui est a priori une bonne mère et une personne normale a pu ôter la vie de cinq bébés innocents".

Ramona Canete encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès est prévu pour durer jusqu'au vendredi 23 mars.

Vos commentaires