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A Charleville-Mézières, inquiétude et colère noircissent les pages des cahiers de doléances

A Charleville-Mézières, inquiétude et colère noircissent les pages des cahiers de doléances
Un homme remplit le cahier de doléances laissé en libre accès dans un centre d'action communal d'action sociale à Charleville-Mézières, le 20 décembre 2018 FRANCOIS NASCIMBENI

"Monsieur ne sentez-vous pas dans nos campagnes un vent mauvais se lever": l'inquiétude et la colère noircissent les pages des trois cahiers de doléances mis à disposition des habitants de Charleville-Mézières (Ardennes), préface du "grand débat" qui doit s'ouvrir mi-janvier pour tenter de faire remonter les propositions des citoyens.

"Les gilets jaunes ne sont qu'un début la France souffre, les Français n'en peuvent plus", écrit une plume anonyme sur un cahier format A4 gros carreaux, en libre accès depuis dix jours à l'entrée du centre d'action communal d'action sociale.

Écriture calligraphique ou maladroite, serrée, penchée, en majuscules, parfois illisible, messages courtois ou directs, souvent parsemés de fautes d'orthographe... Ils couchent sur le papier des revendications pêle-mêle et beaucoup de leur frustration, en s'adressant directement à Emmanuel Macron dans cet exercice cathartique inédit.

Certains soutiennent ouvertement les "gilets jaunes" et listent leurs doléances en écho à celles entendues sur les ronds-points: "revaloriser les retraites", "remettre l'ISF", "faire un référendum d'initiative citoyenne", "arrêté les taxes".

Parmi ces messages - pour la plupart datés mais non signés -, quelques-uns osent décliner leur identité, comme Nathalie Poirette qui demande à l'Etat de "remettre de l'humain dans cette société". "Je veux payer des impôts mais il faut que la charge soit équitablement répartie, c'est le consentement à l'impôt qui est en jeu!", écrit-elle à l'encre noire.

Les pages de ces cahiers ne comportent aucune insulte, même si parfois la colère l'emporte, comme ce 13 décembre lorsqu'une citoyenne excédée termine en lettres majuscules: "les handicapés, retraité, chômeurs et RSA eux ils crèvent. Réveillez-vous, démissionnez ou suicidez-vous !!!"

- "Premier pas" -

Que deviendront ces cris épistolaires ? "J'espère que ça va donner quelque chose, moi je vais revenir pour écrire que la chose importante c'est ne pas humilier les gens, ne pas écraser les gens", confie Antonio Doccula, 74 ans, à l'Hôtel de ville de Mézières où un cahier - jaune - contient cinq pages de doléances.

A la mairie de Charleville aussi, le cahier se remplit doucement, certains s'épanchant sur une pleine page, qui pour souligner le manque de personnel dans les hôpitaux, qui pour dénoncer les suppressions des petites lignes ferroviaires.

"Quand j'ai entendu qu'il y avait ce cahier, j'ai pensé à ce que je mettrais dessus, j'y ai réfléchi", explique Walter L., travailleur handicapé de 52 ans, qui s'empare du stylo pour expliquer qu'avec 854 euros d'allocation et "tout ce qui augmente", il demande à Emmanuel Macron de tenir ses promesses de campagne.

"Soit ça l'intéresse de savoir ce qu'on pense, ou il se dit +c'est pour les calmer, les laisser cracher leur venin+", dit-il.

Charleville-Mézières, 47.000 habitants, en déclin démographique, avait connu des affrontements violents et des dégradations, les 1er et 8 décembre, pendant la mobilisation des "gilets jaunes".

Alors, en plus des cahiers de doléances, la municipalité a déjà organisé un débat et proposé aux volontaires d'enregistrer leurs messages par vidéo, sans forcément coller aux thèmes du "grand débat" national qui doit s'étendre de mi-janvier à début mars et vise à faire remonter les propositions des citoyens sur la transition écologique, la fiscalité, la démocratie et la citoyenneté, et la réforme de l'Etat.

"Tout le monde ne maîtrise pas suffisamment l'écrit pour se sentir autorisé à venir déposer une contribution. Il y a plein de gens que ça rebute. Je pense que les débats sont importants, que les gens ont besoin de parler et pour certains ça leur est plus facile de s'exprimer comme ça", estime le maire (LR) Boris Ravignon.

Au président de la République, un message limpide se termine ainsi: "Apprenez à nous écouter et se sera déjà un premier pas".

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