En ce moment
 
 

A la RATP, les non grévistes "à bout de nerfs"

A la RATP, les non grévistes
Rassemblement de conducteurs de bus en grève au dépôt de Vitry-sur-Seine, près de Paris, le 13 janvier 2020Ludovic Marin

"Les collègues sont à bout de nerfs, c'est des insultes tous les jours", témoigne mâchoires serrées, un jeune conducteur de bus parisien, non gréviste, après six semaines d'hostilités de la part de collègues en grève.

"Pour survivre dans cette période-là, quand on est non gréviste, il ne faut parler à personne, à aucun collègue et traîner le moins possible au dépôt", résume-t-il, installé derrière son volant, au milieu des embouteillages monstre de la porte de la Chapelle.

Avec deux ans d'ancienneté et une récente titularisation, il a refusé de faire grève, "pour emmerder les syndicats", même s'il dit sur le fond, ne pas soutenir la réforme des retraites initiée par le gouvernement.

"Un syndicaliste est passé aux mains. J'ai réussi à le calmer. Ca a été signalé à la direction", affirme ce chauffeur, traité de "briseur de grève".

Au dépôt de bus Pleyel de Saint-Denis, l'un des principaux de la RATP en région parisienne, une barrière levante matérialise ces deux clans hostiles qui se font face depuis 41 jours.

A l'extérieur de la barrière, mardi à l'aube, et comme depuis le début du mouvement, un piquet de grève a été installé par des conducteurs, rejoints par une vingtaine d'étudiants syndiqués.

Un braséro est alimenté par une pile de sapins de Noël récupérés dans les bureaux "de la direction". Une thermos de café circule et une sono crache dans la nuit noire des chansons d'Aerosmith, pour galvaniser les troupes.

"On en veut pas aux collègues qui travaillent, ici on insulte personne", assure pourtant un gréviste du dépôt, d'où sont censés partir 700 bus chaque jour. "A peine une cinquantaine grâce à nous", dit-il.

Une vingtaine de policiers interviendront vers 05H30, après une heure de blocage, pour les déloger dans le calme, permettant à une vingtaine de bus de sortir.

- "Prêts à s'entretuer" -

Dans le dépôt, des cadres de la RATP sont venus soutenir le personnel roulant. Egalement munis de thermos de café et vêtus de gilet orange, ils gratifient chaque chauffeur d'un "merci" appuyé, d'un "bon courage" ou d'une poignée de main.

"Des agents d'encadrement sont mis à la disposition des employés qui le souhaitent", pour les protéger d'éventuelles intimidations, confirme à l'AFP un des responsables envoyés en renfort.

Plusieurs scènes d'intimidations émanant de grévistes à l'encontre de collègues non grévistes, ont fait le tour des réseaux sociaux en décembre. Comme la bousculade, huées et insultes dont a été victime une conductrice de métro à Place d'Italie, contrainte de prendre son service sous la protection d'agents de la RATP.

A Vitry-sur-Seine, un conducteur de bus a été filmé en train de se faire insulter par des agents de "pédé" ou "suceur de bites" au moment de sortir du dépôt. La CGT a condamné ces débordements. La RATP a saisi la justice et ouvert une procédure interne.

"Ces agents encourent des sanctions pouvant aller jusqu'à la révocation, dans le cas des insultes à caractère homophobes proférées à l'encontre d'un collègue travaillant", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la régie parisienne.

Depuis, les mises au point entre grévistes et non grévistes se font à l'abri des regards. Mais selon ce conducteur de bus de Vitry, les pressions des collègues ne sont pas les plus difficiles à gérer.

Après six semaines de grèves, ce sont les usagers qu'il ne peut plus supporter.

"Ce qui me marque le plus depuis le début de la grève, c'est que les gens sont prêts à s'entretuer pour monter dans un bus, ils en viennent aux mains, j'ai vu un homme donner un coup de tête à un autre pour le faire sortir", dit-il choqué.

"Je ne peux rien faire. Si je fais descendre tout le monde pour appeler la sécurité ou la police, c'est moi qui vais me faire lyncher. Donc je les laisse s'entretuer".

Vos commentaires