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A Marseille, une "mini-France" tirée au sort pour l'acte II du grand débat

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Des citoyens participent à une "conférence citoyenne", le 15 mars à Marseille. Boris HORVAT

"Pour une fois que je gagne quelque chose au tirage au sort !" : comme 92 citoyens désignés au hasard, Daniel Mollard participe à Marseille au lancement des "conférences citoyennes" régionales, l'acte II du grand débat voulu par le président de la République.

Médecin, technicien, agente de la Caisse d'allocations familiales (CAF) ou encore architecte, ils ont tous reçu ces derniers jours un appel ou un SMS pour participer à cette conférence, présentée par ses organisateurs comme les débuts d'une expérience démocratique participative jamais tentée à cette échelle.

Habitants de grandes villes ou de petits hameaux se retrouvent à des tables rondes, nappes blanches et chaises pliantes, dans une salle municipale. Inscrits ou non sur les listes électorales, ils ont été tirés au sort par un institut spécialisé, et triés pour former une "mini-France" la plus représentative possible.

"Quand on m'a appelé, je n'ai pas cherché à comprendre, j'ai tout de suite dit oui, le jeu en vaut la chandelle !", se réjouit derrière ses lunettes de soleil Doudou Sylla, Français né au Sénégal, à la retraite après une quarantaine d'années dans le bâtiment.

"Ca se passe mal dans mon pays, la France, et je veux apporter ma pierre à l'édifice", ajoute cet homme qui se sent "plus Macron que +gilets jaunes+".

- "On vit très bien à Monaco" -

L'objectif de la conférence ? Fournir après deux jours de délibérations et de confrontations des propositions plus construites que celles qui ont pu émaner des grands débats organisés jusque-là, ou des contributions individuelles sur internet.

Ici, des "facilitateurs" veillent à ce que chacun ait voix au chapitre - sur tous les sujets doit régner une "présomption de compétence", explique l'un des animateurs. "Le but, ce n'est pas que vous soyez d'accord sur tout, mais que l'on comprenne les arguments".

Ca tombe bien, de premières divergences éclatent autour d'une table ronde sur l'écologie. "Les Français achètent moins de diesel, c'est positif", se réjouit Gabriel. Aussitôt démenti : "C'est pas bien ça, c'est une connerie !", lui rétorquent Pascal et Christophe, assurant avec aplomb que le gasoil est le carburant le moins polluant.

A une autre table, on planche sur la fiscalité et les services publics. "On vit très bien à Monaco ou en Suisse, et là bas, il n'y a pas d'impôts", lance Marc, coupé par Bernard : "J'ai passé 13 ans en Afrique, et ici, c'est pas mal, il faut relativiser".

"Nuages de mots" inscrits sur des post-it pour lancer la discussion, "dialogue thématique", "partage d'information", les ateliers se succèdent pour les participants, qui seront défrayés de leurs frais d'hôtel et de transport.

"On voit bien que c'est une autre population qui s'exprime" que dans les débats organisés jusque-là, et qui n'a pas forcément l'habitude de donner son avis, souligne Jean-Paul Bailly, l'un des cinq garants du grand débat, qui a fait le déplacement.

Parmi les 92 citoyens ayant répondu à l'appel à Marseille, seuls une dizaine avaient en effet participé au premier acte du grand débat, sur la plateforme en ligne pour la plupart.

Ces conférences citoyennes régionales, organisées d'ici fin mars dans toute la France, sont "un moment vraiment important, le plus inclusif et délibératif" du grand débat, ajoute-t-il.

A l'ouverture des travaux, Benjamin, militant CGT à la Sécurité sociale de Marseille, blouson de cuir et catogan, reste dubitatif : "Je suis toujours preneur de débat, même si on risque de nous dérouler le programme de Macron".

Il ne sera pas démenti par Catherine Rousseau, comptable à la CAF. Une électrice de Marine Le Pen qui compte bien mettre le sujet de l'immigration sur la table, "que ça plaise ou non". Elle porte une veste jaune poussin - un pur hasard, sourit-elle, même si elle se sent d'accord avec les "gilets jaunes", dont la mobilisation a conduit le gouvernement à lancer le grand débat.

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