A Paris, un exemple de centre pour migrants "modulable"

architecture

Le centre de premier accueil des migrants édifié en 2016 dans le nord de Paris a été une gageure: l'architecte Julien Beller a "été appelé mi-juillet pour une livraison fin septembre".

Une course de vitesse doublé d'un second enjeu: la nécessité de se réimplanter ailleurs dès le printemps 2018, un campus étant prévu de longue date sur le site, où trône une ancienne halle de fret. Le déménagement est prévu en mars.

"Il fallait faire vite et déplaçable, et même qui puisse être déplacé par morceaux, car on ne va peut-être pas garder un énorme projet dans Paris. Il y aura ensuite peut-être plusieurs projets plus petits", raconte ce jeune architecte qui a d'abord travaillé dans l'informel, "limite légalité", installant par exemple des toilettes sèches dans un bidonville en catimini.

Conteneurs maritimes transformés en bureaux, ossatures en bois pour créer des chambres dans la halle, vaste bulle gonflable conçue avec l'architecte spécialisé Hans-Walter Müller: ont été édifiés, au total, 6.000 m2 chauffés, démontables, qui, un an après, avaient hébergé 20.000 migrants.

Même les arbustes sont plantés dans des sacs pour être transportables.

A l'entrée, la bulle-pôle d'accueil, en toile pvc tissée lestée par des blocs de béton servant aussi de bancs, est formée de trois lobes rehaussés de ronds de couleur, touche de gaîté pour "qu'ils ne soient pas simplement sous une tente à côté d'une décharge..."

Des enfants et des femmes en attente de réorientation, car le centre est réservé aux hommes, s'y reposent, jouent en slalomant entre table de ping pong et fauteuils.

Julien Beller a voulu disséminer partout des "espaces de convivialité", sport, botanique, pour "que les gens s'approprient l'espace". "Il y avait plein de petits enjeux d'aménagement."

Jouxtant la bulle, un pôle santé, composition de conteneurs vitrés, reliés par un deck couvert. Le conteneur "accueil" est égayé d'un multitude de petits tableaux des élèves de Beaux-arts.

Derrière enfin, séparé par une vaste cour où des hommes déambulent, bavardent, l'espace d'habitation, ancien bâtiment industriel dont toutes les fenêtres ont été enlevées et les ouvertures agrandies pour servir de trappes de désenfumage.

L'architecte "voulait faire de l'urbanisme plutôt que de l'hébergement": il a divisé chaque étage en quatre "quartiers" distinguables par une couleur, traversés par une allée centrale sur laquelle s'alignent les chalets de 4X4 mètres, avec porte coupe-feu, ventilation etc. "On est aux normes d'une chambre d'hôtel", assure Julien Beller.

Quatre lits, chacun sa prise électrique, "primordiale pour les migrants", son casier, une palissade pour un peu d'intimité.

Et chaque quartier est doté d'une maisonnette d'accueil à un bout, de sanitaires à l'autre (avec des éviers près du sol pour ablutions, lavage des pieds...), d'un espace réfectoire pouvant accueillir 50 personnes, ouvert 24/24, où trône une télévision.

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