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Algérie: arrestation d'un célèbre vétéran de la guerre d'indépendance

Algérie: arrestation d'un célèbre vétéran de la guerre d'indépendance
Photo du célèbre vétéran algérien de la guerre d'indépendance contre la France, Lakhdar Bouregaâ, prise à Alger le 15 novembre 2015Ryad KRAMDI

Un célèbre vétéran algérien de la guerre d'indépendance contre la France, Lakhdar Bouregaâ, a placé dimanche en détention pour notamment "outrage à corps constitués", a annoncé la télévision nationale.

Il a été placé sous mandat de dépôt après avoir été entendu par un juge d'instruction du tribunal de Bir Mourad Rais, à Alger.

Le vétéran de 86 ans est poursuivi pour "outrage à corps constitué et atteinte au moral de l'armée", a précisé la même source. Il encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, selon le code pénal.

Ancien commandant de l'Armée de libération nationale lors de la guerre contre la France, Lakhdar Bouregaâ a été arrêté samedi à son domicile à Hydra, un quartier huppé sur les hauteurs d'Alger, selon son petit-fils, Imad Bouregaâ.

Cet opposant, qui est de toutes les manifestations populaires depuis la chute le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, a été emmené "dans une caserne des +services de renseignements+", dans le quartier voisin de Ben Aknoun, a précisé Imad Bouregaâ dans un entretien avec le site d'informations DZVID.

L'arrestation de M. Bouregaâ, qui a tenu des propos critiques à l'égard du pouvoir actuel, a suscité l'indignation dans le pays, notamment sur les réseaux sociaux.

Le Front des forces socialistes (FFS), le plus ancien parti d'opposition d'Algérie, dont Lakhdar Bouregaâ est l'un des membres fondateurs, a exprimé sa "colère" et sa "consternation".

- "Déclarations contre Gaïd Salah" -

L'arrestation de M. Bouregaâ "constitue un grave dérapage", ont déclaré une dizaine d'universitaires dans le texte d'une pétition pour sa libération, postée sur Facebook par Fodil Boumala, militant des droits humains.

Pour Imad Bouregaâ, son grand-père a été interpellé en raison de "ses déclarations contre le général Ahmed Gaïd Salah", devenu de facto l'homme fort du pays depuis que le mouvement de contestation a poussé M. Bouteflika à la démission.

Le vétéran aurait accusé le général de vouloir imposer "son" candidat lors d'un éventuel futur scrutin présidentiel, selon Imad Bouregaâ.

Le général Gaïd Salah est critiqué pour son rejet des revendications de la contestation qui réclame notamment la mise en place d'institutions ad hoc, chargées d'introduire des réformes, d'élaborer un nouvelle Constitution puis d'organiser une élection présidentielle.

Depuis plusieurs semaines et à l'occasion de manifestations hebdomadaires à travers le pays, la police mène chaque vendredi des arrestations à Alger et dans d'autres villes.

Le général Ahmed Gaïd Salah a fait savoir mi-juin qu'aucun autre drapeau que l'emblème national ne serait désormais toléré dans les défilés, où les emblèmes berbères étaient très présents depuis le début des manifestations.

Quatorze manifestants arrêtés vendredi à Alger ont comparu dimanche devant la justice pour "port du drapeau berbère", a indiqué à l'AFP un des avocats présents lors de l'audience, Me Djamel Benyoub.

La télévision nationale a fait état de 16 personnes ayant comparu dimanche.

Le juge d'instruction a ordonné leur placement de détention préventive, a ajouté l'avocat, précisant qu'ils ont été accusés d'"atteinte à l'unité nationale".

Parmi ces personnes figure une élue de l'Assemblée départementale de Tizi Ouzou appartenant au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque), selon Me Benyoub.

Le 21 juin, 18 manifestants arrêtés à Alger en possession de drapeaux berbères ont aussi été inculpés d'"atteinte à l'unité nationale", infraction passible de 10 ans d'emprisonnement, et placés en détention provisoire.

Plusieurs autres, dont deux étudiants arrêtés mardi à Alger à l'occasion des manifestations hebdomadaires étudiantes, ont été inculpés des mêmes chefs et placés sous contrôle judiciaire.

Le général Gaïd Salah a réitéré mercredi n'avoir aucune ambition politique tout en réaffirmant implicitement que l'armée resterait aux commandes tant qu'un nouveau président ne serait pas élu.

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