En ce moment
 

Après la mort d'un jeune homme, les émeutes continuent à Nantes: cocktails Molotov, grenades lacrymogènes et voitures incendiées (vidéo)

De nouveaux incidents ont éclaté à Nantes dans la nuit de vendredi à samedi, pour la quatrième fois consécutive et peu après la mise en examen du CRS qui a tué Aboubakar Fofana mardi soir lors d'un contrôle de police.

Emaillée de feux de voitures, la nuit a cependant été plus calme que les précédentes, selon la police. On dénombre ainsi 35 véhicules incendiés sur toute l'agglomération, notamment à Saint-Herblain, Orvault, Rezé et dans les quartiers nantais du Breil et de Bellevue.

Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de cocktails Molotov au Breil et à Bellevue et ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes. Un début d'incendie a touché un bâtiment du bailleur social Nantes Habitat dans le quartier du Breil. Les forces de l'ordre ont levé leur dispositif de sécurisation vers 04H30 du matin.


Un tir "par accident"

Juste avant ces nouvelles violences, le policier auteur du tir avait été libéré sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du procureur de Nantes Pierre Sennès. Il a été mis en examen pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a précisé son avocat Laurent-Franck Lienard à l'AFP.


Placé en garde à vue jeudi midi, le policier a reconnu avoir menti lors de sa première audition libre mercredi, avait annoncé un peu plus tôt son avocat. Il affirme désormais avoir tiré "par accident" sur le jeune homme de 22 ans, originaire de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise). Il avait auparavant indiqué "avoir tiré en raison de la dangerosité du conducteur et pour protéger les personnes qui pouvaient se trouver à proximité sur la trajectoire du véhicule", selon M. Sennès.


Un contrôle de police à l'origine du drame

Selon le procureur, les faits se sont déroulés en trois phases: le contrôle de police d'environ "10 à 15 minutes", où M. Fofana va donner une fausse identité et où les policiers vont lui demander de se garer et de les suivre au commissariat.

Puis la deuxième où il va fuir en marche arrière, manoeuvre "particulièrement dangereuse puisque dans sa course le conducteur va frôler un fonctionnaire de police" avec "à ses côtés deux enfants". Le policier va "se projeter sur le bas-côté" emporter avec lui "une fillette qui aurait pu être heurtée par le véhicule du fuyard", précise le procureur. Le conducteur va ensuite percuter un véhicule en stationnement.

Enfin, après ce choc, le conducteur va de nouveau tenter de fuir en marche arrière. C'est alors que le policier mis en examen va tirer sur le conducteur.


Plusieurs départs d'incendie

Il a indiqué "qu'en réalité il (avait) tenté de se pencher dans l'habitacle du véhicule pour saisir le volant et essayer d'arrêter la manoeuvre", a relaté le procureur. "C'est à ce moment là, indique-t-il, dans le cadre de ce qu'il appelle un corps-à-corps, que le coup de feu est parti accidentellement pour toucher mortellement le conducteur."

"Il ne m'appartient pas (...) d'arbitrer ce soir entre ces différentes versions. Je m'en tiens à la qualification pénale des faits", a ajouté M. Sennès.

Aboubakar Fofana, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour "vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs", a été touché au cou par le tir du policier mardi vers 20H30. Il est mort à l'hôpital deux heures plus tard.

Sa mort a provoqué quatre nuits consécutives de violences urbaines dans les quartiers "sensibles" de Nantes.

Dans la nuit de jeudi à vendredi huit bâtiments ont été dégradés et 52 véhicules incendiés principalement dans les quartiers dits "sensibles" de Nantes. La voiture personnelle de la maire (PS) Johanna Rolland a aussi été incendiée. 

Plusieurs départs d'incendie ont touché des bâtiments publics, dont un lycée professionnel, une école, une maison de l'emploi et une maison des habitants.


3 hommes ont été condamnés 

"Il faut que les troubles qui agitent la ville (...) cessent"
, avait lancé le procureur vendredi. "Qu'ils cessent pour respecter les attentes légitimes de la famille de M. Fofana de connaître les circonstances précises entourant la mort de son fils."

Trois hommes de 20 à 31 ans ont été condamnés vendredi à quatre mois de prison avec sursis pour des violences commises au lendemain de la mort d'Aboubakar Fofana, des peines nettement en-deçà des réquisitions du ministère public.

Vendredi, la préfète de Loire-Atlantique a pris deux arrêtés pour interdire l'achat et la vente au détail de carburant ainsi que la cession ou la vente d'artifices de divertissement jusqu'au 13 juillet sur l'agglomération nantaise.

Vos commentaires