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Au procès Méric, le skinhead et "l'injustice"

Au procès Méric, le skinhead et
Samuel Dufour (C), un des trois skinheads impliqués dans la mort de Clément Méric, arrive au tribunal, le 4 septembre 2018 à ParisThomas SAMSON

L'ex-skinhead Samuel Dufour, jugé à Paris pour des coups mortels contre Clément Méric, a fait part mercredi de son sentiment d'injustice après un an de détention provisoire et alors qu'il affirme n'avoir "jamais frappé" le militant antifasciste.

Colère rentrée et posture défensive, le jeune homme de 25 ans assume son "nationalisme" - "C'est pour ça que j'ai une croix celtique" -, la fréquentation du bar de Serge Ayoub, l'ex-chef des skinheads parisiens d'extrême droite, le port d'un couteau - "en cas d'agression" - ou l'achat d'un poing américain - "plus pour se défendre".

Mais il ne comprend pas ce qu'il fait là. Accusé avec Esteban Morillo de coups mortels avec arme et en réunion, il encourt jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

Interpellé le lendemain de la mort de Clément Méric, 18 ans, tombé sur le pavé parisien lors d'une rixe entre "skins" et "antifas" le 5 juin 2013, Morillo avait reconnu deux coups portés au jeune homme. Dufour, lui, s'était "rendu à la police" pour donner sa version des faits. Et avait été incarcéré pour sa participation aux violences.

"La détention, j'ai vécu ça comme une injustice. Moi j'ai jamais frappé Méric", a-t-il déclaré.

En prison, "ça ne se passe pas bien": ostracisé par les autres détenus, il est exclu de la salle de sports. "Les autres ne voulaient pas de moi. Ils l'ont dit au surveillant. Ca a finit en bagarre. J'ai passé 10 mois à l'isolement".

Sans jamais entrer dans les détails, il assume, plus que les autres, son appartenance à la mouvance d'extrême droite. "Dans la famille, on est patriote", a-t-il dit. Ce que vient confirmer son père à l'audience: "J'ai élevé mes enfants à droite", "le plus droit possible".

Ses blagues sur "les nègres" ou "les PD" lui ont parfois valu des ennuis dans son travail d'apprenti boulanger. Un humour que "vous ne pouvez pas comprendre" a-t-il dit à la présidente.

Désormais boulanger à Rouen, il invoque une "ambiance particulière" propre à ce métier: "C'est spécial la boulangerie. Avec mon collègue, on aime bien se pincer les tétons".

S'il ne voit plus les copains du Local, le bar de Serge Ayoub, c'est qu'il vit désormais en Normandie, et qu'il "a interdiction de les voir". Mais a-t-il pris du recul depuis cette époque? "J'ai vécu ça comme une injustice. J'étais surtout en colère", a-t-il éludé.

Depuis, il a refait sa vie, mais n'a pas assez d'argent pour faire enlever ses tatouages, "comme a fait Morillo".

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