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Au Sénat américain, la colère du juge meurtri

Au Sénat américain, la colère du juge meurtri
Le juge Brett Kavanaugh et son épouse Ashley au Sénat américain le 27 septembre 2018Brendan Smialowski

Entré en tenant fermement la main de son épouse, le visage pâle et fermé, Brett Kavanaugh semblait parti pour un témoignage peiné d'homme blessé. Mais ses premiers mots, forts, furieux, ont saisi l'assistance, qui a écouté pendant près d'une heure dans un profond silence le témoignage entrecoupé par les larmes du candidat de Donald Trump à la Cour suprême.

"Ma famille et ma réputation ont été détruites à jamais": son indignation a résonné dans la salle du Sénat américain, où il se défendait d'accusations d'agressions sexuelles. "Je suis innocent".

Entre coups de colère et sanglots, le juge de 53 ans a donné pendant près d'une heure sans interruption sa version des faits dans un témoignage extraordinaire par son niveau d'émotion.

Alors qu'il s'était montré diplomate, lisse, répétant à l'usure sur un ton égal les mêmes réponses aux sénateurs démocrates qui tentaient de le pousser dans ses retranchements lors de sa première audition de confirmation, début septembre, il n'a cette fois pas caché ses émotions, entre irritation et douleur.

"Je ne me laisserai pas intimider", a-t-il tonné. "Je n'ai jamais commis d'agression sexuelle".

"Monsieur, Monsieur, laissez-moi finir": interrompant les sénateurs démocrates pendant leurs questions, s’impatientant, tapant parfois sur la table, le juge conservateur était visiblement nerveux.

Mais sa voix s'est aussi brisée à plusieurs reprises dans des moments difficiles, lorsqu'il évoquait ses filles, son père ou des amis, au point d'interrompre son discours. Pendant qu'il était pris par les larmes, un grand silence respectueux mais tendu pesait sur la salle, comme si l'assemblée retenait ensemble sa respiration.

Face aux regards des 21 sénateurs, 11 républicains et 10 démocrates, il s'est servi plusieurs fois de l'eau, buvant parfois comme pour refouler son émotion.

Brett Kavanaugh a dit ne pas mettre en doute que son accusatrice, Christine Blasey Ford, ait été agressée sexuellement quand ils étaient lycéens.

Mais il a défendu, encore et encore, son intégrité. Admettant avoir bu quand il était jeune et apprécier encore la bière, il a peint une image bien différente de celle qui a transparu ces derniers jours à travers les témoignages poignants d'accusatrices.

"C'est grotesque", s'est-il indigné. "Je n'ai jamais fait cela à elle ou quiconque. Je ne suis pas comme ça, je ne suis pas comme ça", a-t-il répété.

- "Sincérité" -

Se disant éternel optimiste, il a renoué avec un ton plus détendu lorsque les sénateurs républicains ont pris avec passion sa défense.

"Ma vie a été complétement bouleversée, à jamais" mais "je ne baisserai pas les bras", a-t-il clamé.

Dans l'assistance, Marjorie Dannenfelser, présidente d'une association anti-avortement, Susan B. Anthony List, a décidé après son témoignage de lui maintenir son soutien.

"Ca a été profondément émouvant. Elle aussi m'a émue", a-t-elle dit à propos de Catherine Blasey Ford. "Il semble évident qu'elle a beaucoup souffert mais ce n'était pas lui", a-t-elle confié à l'AFP, d'un ton calme et convaincu.

"C'est un juge très déterminé, calme et confiant dans son tribunal alors d'entendre sa voix se briser, de le voir se briser, était tellement différent que cela traduit clairement sa sincérité".

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