Aux côtés des "gilets jaunes", des dizaines de secouristes "t-shirts blancs"

Aux côtés des
Des t-shirts blancs soignent les "gilets jaunes" à Paris le 19 janvier 2019Eric FEFERBERG

Des t-shirts blancs pour soigner les "gilets jaunes": samedi dans les cortèges, des dizaines de secouristes plus ou moins improvisés ont à nouveau encadré les manifestants, concentrés sur leur tâche mais souvent "en colère" face au nombre de blessés par les forces de l'ordre.

Sur la place des Invalides à Paris, une dizaine de jeunes bien équipés - t-shirt blancs barrés d'une croix rouge, casques, masque à gaz - regardent les milliers de "gilets jaunes" affluer pour le coup d'envoi de l'acte 10 de leur mobilisation.

"Tout s'est bien passé, aucun incident jusqu'ici", se félicite une membre du groupe, Audrey, 28 ans. "Mais on ne sait pas ce qui peut se passer après". C'est l'objet de la discussion des secouristes, ou "street medics": se répartir en petits groupes dans la fin de la manifestation pour agir partout et au plus vite en cas de besoin.

"Certains se mettent devant et s'occupent d'aller chercher et évacuer les blessés, même au milieu d'une charge policière. D'autres attendent derrière, laissent passer la charge et vont secourir ceux qui restent", explique Audrey. Professeure en Seine-Saint-Denis, elle enseigne une matière qui n'a rien à voir avec la médecine, mais a son brevet de secourisme.

Certains sont infirmiers, médecins ou issus d'autres professions médicales. Mais nombre de ceux croisés samedi ont juste "un brevet de secourisme, ou ont appris sur le tas", note Audrey.

"La vaste majorité des gens dont on s'occupe suffoquent ou font des malaises à cause des gaz lacrymogènes. Mais parfois, on voit des blessures profondes à la tête à cause de matraques, des mains arrachées par des grenades, des tirs de LBD (lanceurs de balle de défense) qui défoncent un oeil, une mâchoire, un visage...", souligne une autre secouriste parisienne, Lucille, 20 ans.

Parfois "on ramasse des gens, ils ont des blessures, ça gicle comme un film", explique un secouriste parisien, Gino. Dans le cortège, plusieurs d'entre eux soulignent qu'il faudrait plus d'urgentistes avec eux pour ces cas graves.

Alors que le gouvernement ne donne aucun chiffre précis, le collectif militant "Désarmons-les" et le journaliste indépendant David Dufresne ont recensé près d'une centaine de blessés graves, dont une quinzaine qui ont perdu un œil, depuis le début de la contestation des "gilets jaunes" le 17 novembre.

- "La colère" -

Relayées par les médias et sur les réseaux sociaux, les images de manifestants gravement blessés par les forces de l'ordre par des tirs de LBD ou des grenades de désencerclement nourrissent la polémique, et décuplent la colère des manifestants.

Elles ont également suscité des vocations de secouristes, comme pour Coralie, une aide-soignante de 32 ans venue d'Amiens. "Je suis venue car des amis manifestants m'ont dit que chaque samedi il y avait des blessés graves", dit-elle.

A Paris, plusieurs secouristes expriment le même sentiment vis-à-vis des forces de l'ordre: "la colère". Plusieurs ont été visés par des tirs de LBD ces dernières semaines, selon de multiples témoignages, parfois appuyés par des vidéos.

Lucille se trouvait la semaine dernière autour de l'Arc de Triomphe. "Alors que j'étais seule avec un blessé, avec personne à dix mètres à la ronde, une balle de LBD m'a frôlé l'épaule. Qu'est-ce que ça veut dire de viser un secouriste? Il y a de l'incompréhension, ça provoque la haine", soupire-t-elle.

A Bordeaux, au début de la manifestation samedi, ils étaient une trentaine à arborer sur la place de la Bourse le t-shirt blanc floqué d'un "Street medic 33" et orné de la croix bleue.

"A partir de l'acte 4 (en décembre), on a soigné des blessés graves. On a vécu des situations véritablement critiques...", confirme l'un d'eux, Marco.

"La violence a augmenté au cours des week-ends. Ça tire plus vite, ça envoie des lacrymogènes ou des grenades de désencerclement plus vite. Même avec la police on n'arrive pas à dialoguer", explique Cynthia, 29 ans, qui en était samedi à Toulouse à sa neuvième manifestation avec son groupe de secouristes locaux.

Mais qu'importe: comme nombre des secouristes, souvent jeunes, croisés samedi, elle est "prête à revenir" toutes les semaines.

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