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Avec la condamnation de Barbarin, la fin d'un tabou dans l'Eglise catholique de France

La condamnation du cardinal Philippe Barbarin, plus haut dignitaire de l'Eglise de France, marque la fin d'un tabou dans ce pays et montre que les représentants les plus gradés de la hiérarchie catholique française peuvent "quitter leur piédestal", affirment observateurs et sociologues.

Condamné jeudi à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre, Philippe Barbarin a annoncé qu'il allait remettre sa démission au Pape. Il fera également appel du jugement.

Il s'agit en France du plus haut représentant de l'Eglise condamné, après deux évêques en 2001 et 2018.

Le pays, considéré comme "la fille aînée de l'Eglise" depuis que son roi Clovis Ier a été le premier souverain "barbare" à devenir chrétien au Ve siècle, restait jusqu'alors à l'écart des condamnations de très hauts dignitaires: en Australie, le cardinal George Pell, un des plus proches conseillers du pape, a été condamné pour viol sur mineur, et aux Etats-Unis, l'ex-cardinal Theodore McCarrick a été défroqué mi-février après des accusations d'abus sexuels.

"Un grand tabou est tombé", celui qui est à la fois "prêtre, archevêque, cardinal et primat des Gaules - ce qui fait de lui le plus haut dignitaire de l'Eglise de France - vient d'être condamné par la justice des hommes à une peine de prison", affirme à l'AFP le sociologue des religions Olivier Bobineau.

Selon lui, "on assiste à un changement de paradigme: depuis le concile Vatican I en 1871, l'Eglise catholique fonctionne sur un principe hiérarchique sacré: le pape, infaillible, le représentant de Dieu sur terre avec les dignitaires de l'Eglise, veulent conduire les hommes et les femmes vers leur salut. Ils sont donc à part de la société pour les catholiques, ils sont sacrés, en quelque sorte intouchables".

"Or, avec le jugement Barbarin, tout bascule !", dit il. "On passe à un paradigme où les plus hauts dignitaires peuvent tomber de leur piédestal pour être à égalité de jugement et de traitement de ses concitoyens, catholiques ou non", ajoute-t-il.

- "L'étau se resserre" -

"L'Eglise n'est plus une forteresse. C'est devenu une institution comme les autres", avec "des responsabilités", constate également Jean-Pierre Denis, rédacteur en chef de l'hebdomadaire catholique La Vie.

"Quelque chose d'important se passe", "l'étau se resserre", estime pour sa part Christine Pedotti, directrice de la publication Témoignage chrétien, qui avait appelé en septembre à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les crimes de pédophilie commis par le clergé. "C'est un signe fort que la justice s'empare de ces affaires-là", selon elle.

"Ce qui a tout changé, c'est la prise de parole des victimes", juge le quotidien chrétien La Croix dans son éditorial de vendredi. "Et de ce point de vue, les victimes de l'abbé Preynat ont fait œuvre de pionniers", ajoute le journal. Le cardinal Barbarin a été condamné pour ne pas avoir dénoncé à la justice les abus du père Bernard Preynat.

"Il est évident que cette décision va considérablement inciter les gens à prendre la parole", renchérit François Devaux, l'un des plaignants au procès Barbarin, cofondateur de l'association de victimes "La Parole libérée".

Le film de François Ozon "Grâce à Dieu", qui raconte l'histoire de son association, connaît d'ailleurs un franc succès en salles, avec 483.820 entrées en deux semaines d'exploitation.

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