Blanquer: "Je n'ai jamais dit que l'arabe devait être obligatoire à l'école"

Blanquer:
Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer dans un lycée d'Aurillac le 29 mars 2018Thierry Zoccolan
education

Le ministre de l'Education a dénoncé mardi soir un "emballement médiatique" après les déclarations d'élus de droite et d'extrême droite lui reprochant de vouloir développer l'apprentissage de l'arabe à l'école pour lutter contre l'islamisme, comme le préconise un récent rapport.

"Je n'ai jamais dit que l'arabe devait être obligatoire à l'école primaire", s'est défendu Jean-Michel Blanquer sur LCI, "mais nous avons intérêt à différencier la langue arabe d'un certain fondamentalisme religieux".

Il s'agit, selon lui, d'un "cas typique d'un emballement médiatique", a-t-il ajouté.

La polémique est née dans la foulée de la publication lundi d'un rapport de l'Institut Montaigne proposant de "relancer l'apprentissage de la langue arabe" pour lutter contre l'islamisme.

Invité à commenter cette proposition, le ministre avait alors estimé sur BFMTV que l'arabe était une langue "très importante" comme le chinois ou le russe, qu'il fallait "développer" et à qui il fallait "donner du prestige".

"Nous allons aussi questionner la façon dont l'arabe s'apprend aujourd'hui, dans des structures dédiées avec [des] dérives communautaristes", avait également précisé M. Blanquer.

Après ces déclarations, plusieurs responsables LR ou RN se sont empressés de dénoncer une "faute politique".

"C'est s'adapter au problème plus que le résoudre", a regretté la porte-parole des Républicains, Laurence Sailliet, à l'antenne de RFI. "Comment peut-on imaginer aujourd'hui que tous les efforts ne doivent pas être mis dans l'apprentissage de la langue française? (...) On marche sur la tête!"

"Est-ce qu'il s'agit de lutter contre l'islamisme ou de le faire entrer dans l'Education nationale? (...) Je pense que c'est une fausse bonne idée", a jugé sur Europe 1 Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale (2002-2004) de Jacques Chirac.

Les représentants de la droite souverainiste et de l'extrême droite s'en sont eux aussi pris au ministre. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s'est dit sur France Inter "totalement hostile à l'arabisation de la France et à l'islamisation du pays".

Louis Alliot, député du Rassemblement national (RN, ex-FN), a jugé "ubuesque" la proposition, estimant qu'elle ne répondait à aucune demande réelle.

"Nous sommes dans une idéologie de soumission, a dénoncé le député RN, je suis pour qu'on apprenne le français, les langues qui permettent à nos jeunes de travailler (...) plutôt qu'une langue qui va systématiquement cantonner ces élèves-là à leur culture d'origine".

Réagissant à ces attaques, M. Blanquer a dénoncé des contre-vérités.

"Il y a un énorme paradoxe aujourd'hui à être attaqué pour une accusation de connivence avec un islamisme rampant au moment même où j'avance concrètement pour que ça change", a-t-il expliqué sur LCI.

Il a ajouté qu'il souhaitait que "la France reprenne le contrôle des personnes qui enseignent ces langues" et voir "plus d'enseignants agréés par l'Education nationale".

A l'heure actuelle, le ministère indique que seuls 567 enfants en France ont suivi l'enseignement de l'arabe en primaire, lors de l'année scolaire 2017/18, dans le cadre des cours de langues vivantes à l'école, obligatoires depuis peu du CP au CM2.

1.500 élèves se sont initiés au chinois tandis que l'immense majorité a choisi l'anglais (91,7% des écoliers).

Dans le secondaire, 11.200 élèves ont suivi des cours d'arabe en France en 2017-2018 (hors Mayotte), dans le cadre de l'enseignement des langues vivantes, précise le ministère.

Vos commentaires