Brésil : les pro-Lula bataillent pour sa candidature à la présidentielle

Brésil : les pro-Lula bataillent pour sa candidature à la présidentielle
Des partisans de l'ex-président Lula défilent près de Brasilia, le 14 août 2018EVARISTO SA

Le parti des Travailleurs (PT) de Lula et d'autres mouvements de la gauche brésilienne ont bataillé mardi, avec une marche sur Brasilia et une campagne de presse, pour que l'ex-chef d'Etat puisse malgré son incarcération se présenter à la présidentielle d'octobre.

De sa prison de Curitiba (sud) où il purge depuis avril une peine de plus de 12 ans pour corruption et blanchiment d'argent, Luiz Inacio Lula da Silva a signé une tribune dans le New York Times dénonçant "un coup d'Etat de la droite" pour l'empêcher de se présenter à un 3e mandat à la tête du plus grand pays d'Amérique latine.

"Mon emprisonnement a été la dernière phase d'un coup d'Etat au ralenti destiné à marginaliser pour toujours les forces progressistes au Brésil", a estimé la figure charismatique de la gauche brésilienne dans le quotidien américain.

Lula a été condamné pour avoir reçu un triplex d'un groupe de BTP en échange de faveurs commerciales. Son incarcération l'empêche de participer aux débats entre les présidentiables, dont le premier a eu lieu la semaine dernière, mais pas de s'exprimer par écrit.

"Des millions de Brésiliens comprennent que mon emprisonnement n'a rien à voir avec la corruption et (...) que je suis là où je suis seulement pour des motifs politiques", a insisté Lula dans sa tribune.

Des membres de mouvements sociaux et du PT, qui a choisi officiellement la semaine dernière Lula pour le représenter à la présidentielle la plus incertaine du Brésil moderne, ont participé à une "marche nationale pour un Lula libre" sur Brasilia.

Mais les trois colonnes parties samedi de localités situées à une cinquantaine de kilomètres de la capitale et qui ont convergé dans la journée dans le centre de Brasila ne comptaient guère que 3.000 participants au total, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ils ont été rejoints par des militants arrivés de diverses villes brésiliennes par autocar. Comme Genesio Roanes - portant une chemise rouge imprimée d'un portrait de Lula -, un routier à la retraite venu de Sao Paulo, à 1.000 km de Brasilia, soutenir "le seul candidat possible", "injustement incarcéré".

La "marche nationale", organisée notamment par le PT et le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), devait se terminer mercredi devant le Tribunal Supérieur électoral (TSE) pour demander que la candidature de Lula à la présidentielle soit validée.

- "Pari risqué" -

Mercredi est la date limite pour l'enregistrement des candidatures auprès du TSE - 13 à ce stade -, qui a jusqu'au 17 septembre pour les valider, ce qui est hautement improbable concernant Lula.

Une loi stipule en effet l'inéligibilité de toute personne ayant été condamnée en appel, ce qui est le cas de celui qui fut deux fois chef de l'Etat (2003-2010).

Participant au baroud du PT, sa présidente Gleisi Hoffmann a elle aussi publié une tribune, dans la Folha. Elle a estimé, dans le grand quotidien de Sao Paulo (sud), que "seule une violence juridique" pourrait empêcher Lula de se présenter.

L'ex-chef de l'Etat de 72 ans reste l'immense favori pour ce scrutin dans toutes les enquêtes d'opinion, avec environ un tiers des intentions de vote, soit près du double de n'importe quel autre candidat.

Sept militants de gauche poursuivaient mardi à Brasilia une grève de la faim entamée il y a deux semaines, en soutien à Lula. Ils se sont dits prêts à aller jusqu'au bout.

Si, comme on s'y attend, le TSE rejette la candidature de Lula, le PT disposera de très peu de temps pour faire campagne pour son probable joker, l'ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad, au scrutin présidentiel des 7 et 28 octobre.

"C'est un pari risqué, car en politique il n'y a pas de transfert de voix automatique", a déclaré à l'AFP l'analyste politique André César.

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