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Ça tangue chez les députés LREM, qui élisent leur nouveau président

Ça tangue chez les députés LREM, qui élisent leur nouveau président
La députée des Hauts-de-Seine Frédérique Dumas sur les bancs de l'Assemblée nationale en novembre 2017JACQUES DEMARTHON

Un départ bruyant d'un groupe comparé au "Titanic", des tensions ravivées par une rentrée difficile: c'est au beau milieu d'une zone de turbulences que les députés macronistes se choisiront mardi un nouveau patron qui succédera à Richard Ferrand, parmi huit candidats après le retrait de deux d'entre eux lundi.

"J'ai fait part depuis des mois, et cela à tous les niveaux, de mes inquiétudes, puis de mes incompréhensions. Je n'ai pas été entendue", a écrit à ses administrés l'élue des Hauts-de-Seine Frédérique Dumas, qui a annoncé dimanche qu'elle quittait le groupe La République en Marche pour rejoindre les UDI-Agir.

"Les fondamentaux du macronisme ont été oubliés. On confond vitesse et précipitation (...) Il faut un électrochoc" après plus d'un an de mandature, assène-t-elle dans Le Parisien lundi.

Avant cette ex-centriste, Jean-Michel Clément (ex-PS) avait dû quitter au printemps le groupe majoritaire, après s'être opposé au projet de loi asile et immigration. Le début de "fronde" ou de sécession avait alors été contenu. Mais cette fois?

L'ex-président de l'Assemblée François de Rugy voit une "démarche individuelle" de la part de Frédérique Dumas, mais a appelé sur Europe 1 à "garder cet esprit de rassemblement large" issu d'En Marche, sans "sectarisme".

Porte-parole des députés LREM, Stanislas Guérini a lancé sur Sud Radio que la majorité présidentielle n'était "pas un navire de croisière (...) dont on part quand la houle monte" et "c'est précisément maintenant qu'il faut tenir la barre".

C'est que la défection de Mme Dumas, qui a justement comparé le vaisseau du groupe LREM au "Titanic", intervient dans un contexte de rentrée compliquée pour ces quelque 300 "marcheurs", comme pour l'exécutif, entre remaniement gouvernemental contraint par les départs de Nicolas Hulot et Laura Flessel, retour de l'affaire Benalla sur le devant de la scène et sondages en berne.

Le départ de François de Rugy pour le gouvernement entraîne des mouvements en cascade, avec de vives compétitions à la clé.

Avant d'accéder au perchoir la semaine dernière, Richard Ferrand, un proche d'Emmanuel Macron, a dû faire face à trois candidats en interne. Le chef de file des députés MoDem Marc Fesneau lui a ensuite raflé des voix, restreignant son assise.

Et pour succéder mardi à Richard Ferrand, huit prétendants sont désormais sur les rangs, après le retrait surprise lundi de Gabriel Attal, porte-parole du mouvement LREM, qui n'a pas voulu "contribuer à la dispersion", puis celui de Bruno Bonnell.

Le verdict sera connu mardi en début d'après-midi, à l'issue d'un vote à bulletins secrets des élus LREM.

- "Plus de pilote" -

"Il n'y a plus de pilote dans l'avion, chacun s'est dit +pourquoi pas moi+", relate une source parlementaire, évoquant une élection "imprévisible", même si deux favoris se dégagent à présent: les piliers du groupe Gilles Le Gendre et Roland Lescure.

Deux hommes, alors que Brigitte Bourguignon, Amélie de Montchalin, Laetitia Avia ou encore Perrine Goulet sont aussi candidates, aux côtés de Jean-Charles Colas-Roy et Rémy Rebeyrotte. En se retirant, Bruno Bonnell a apporté son soutien à Gilles Le Gendre.

Cette avalanche de candidatures, loin de "l'auto-régulation" souhaitée par l'ancienne direction, est aussi le signe d'une "maturité" et de la volonté que "tout ne soit pas dicté" d'en haut, d'après un élu.

Traduction chez certains d'un profond mécontentement, la plupart des candidats veulent revoir la "gouvernance" du groupe majoritaire, pour davantage de "transparence" et de valorisation des "talents".

Barbara Pompili, qui avait été candidate au perchoir, a rapporté à Cnews "des problèmes de fonctionnement", de "relations avec l'exécutif", et aussi un besoin de "remotiver" les troupes.

Ainsi, une trentaine de députés ont été "perdus en route", d'après un collègue: ils sont "un peu frustrés" et "moins présents à Paris".

Jean-Michel Clément, député désormais non-inscrit, appelle depuis quelques jours ses anciens collègues insatisfaits à "l'émancipation" pour fonder un nouveau groupe parlementaire. Mais pour l'heure, aucun ne paraît encore prêt à franchir le pas.

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