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Cinq choses à retenir du dernier ouvrage de Piketty

Cinq choses à retenir du dernier ouvrage de Piketty
L'économiste français Thomas Piketty, le 10 septembre 2019 à ParisJOEL SAGET

Fort du succès mondial de son ouvrage précédent, "Le capital au XXIème siècle", le Français Thomas Piketty continue à explorer les inégalités dans "Capital et idéologie", paru jeudi aux éditions du Seuil et déjà promis à une diffusion internationale.

Cinq choses à retenir de cette somme de plus de 1.200 pages, qui a pour ambition de "proposer une histoire à la fois économique, sociale, intellectuelle et politique des régimes inégalitaires".

- Taxer la fortune et "héritage pour tous"

Sans doute ce qui fera le plus parler: les pistes proposées par Thomas Piketty pour réduire les inégalités, et empêcher une alliance délétère entre ce qu'il appelle "l'hypercapitalisme", et les discours nationalistes et identitaires.

Il propose l'instauration d'un impôt sur la propriété "fortement progressif" pouvant atteindre 90%, et la création d'un "héritage pour tous". Thomas Piketty, qui dénonce la concentration toujours plus grande de la richesse mondiale, imagine ainsi que chacun reçoive à 25 ans une somme égale à 60% du patrimoine moyen (soit, dans un pays développé tel que la France, 120.000 euros).

Le Français plaide aussi pour le partage des droits de vote dans les entreprises, pour la création d'un "cadastre" international contre l'évasion fiscale, pour l'instauration d'une taxe carbone individuelle et progressive, pour une révision du système de financement des partis politiques.

- La Chine "ploutocrate" et "Downtown Abbey"

"Le capitalisme au XXIe siècle", son précédent et déjà copieux ouvrage (près de 1.000 pages), avait été critiqué pour sa vision très occidentale. S'il écrit encore longuement sur les pays européens et les Etats-Unis, Thomas Piketty consacre cette fois de nombreuses pages au régime chinois ("théoriquement inspiré du communisme et en pratique parfois plus proche d'une certaine forme de ploutocratie"), à la Russie ("le pays des oligarques et de la kleptocratie") ainsi qu'à l'Inde.

Dans cet ouvrage aux notes de bas de page fournies et débordant de statistiques, mais faisant aussi référence ici à une série à succès (Downtown Abbey), là à un roman chinois, il entend montrer comment, à travers le monde et dans l'histoire, "les sociétés humaines ont besoin de justifier leurs inégalités."

- Macron "à contre-temps"

L'économiste se dit convaincu que son livre s'inscrit dans "un mouvement d'ensemble qui est déjà en place" pour redistribuer les richesses. Et en veut pour preuve les appels de démocrates américains, de sociaux-démocrates allemands et de travaillistes britanniques à taxer la fortune.

Il est convaincu que le président français Emmanuel Macron est à "contre-temps" avec la suppression en France de l'impôt sur la fortune. L'économiste - qui avait sèchement refusé en 2015 de recevoir la Légion d'honneur - espère toutefois qu'un nouveau désastre financier à la Lehman Brothers ne sera pas nécessaire pour revoir le modèle: "On peut avoir des élections qui changent les choses" dans divers pays, espère-t-il.

- "Socialisme participatif"

L'auteur de "Capital et idéologie" était "plus libéral" qu'aujourd'hui en 1989 lors de la chute du Mur de Berlin. "J'avais alors 18 ans et j'ai été très marqué par cet échec du communisme", se souvient Thomas Piketty. "Mais 30 ans plus tard, on ne peut pas s'empêcher de penser que l'on a poussé le balancier beaucoup trop loin dans l'autre direction".

Il rappelle que le communisme soviétique reposait "sur une propriété hyper-centralisée, hyper-étatique, avec un pouvoir très concentré au sommet de l'Etat". Lui plaide pour "un socialisme participatif très décentralisé".

- Une nouvelle "Pikettymania"?

Le Français était devenu un phénomène éditorial après avoir vendu plus de 2,5 millions d'exemplaires du "Capital au XXIe siècle", paru en 2013 et traduit en 40 langues. Le livre, célébré à l'étranger avant de devenir un succès en France, avait déclenché une véritable "Pikettymania", valant à son auteur de figurer dans un manga japonais, de converser avec Bill Gates et les conseillers de Barack Obama. Et d'orner une couverture moqueuse du magazine Business Week, inspirée des revues pour adolescentes, avec la mention "Oh là là, photos d'économiste français ténébreux".

Reste à savoir si le phénomène se répétera avec son nouvel ouvrage, dont un premier tirage de 60.000 exemplaires sort initialement jeudi en français, et qui doit être traduit en 18 langues. La version anglaise est prévue en mars prochain, à un moment où les Etats-Unis seront en pleine campagne présidentielle. S'il n'y pas encore d'accord pour une diffusion en Chine, une sortie à Taïwan est prévue en 2021, a indiqué Le Seuil.

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