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Dans l'Assemblée renouvelée, le sexisme fait de la résistance

Plus de femmes, un changement générationnel, une prévention accrue: depuis juin, tout est fait pour que le sexisme recule à l'Assemblée, sur fond de libération de la parole, même si subsistent "des vieux réflexes", selon des députés.

L'"arrivée massive de femmes", 224 sur 577, un record, a "forcément changé les choses", observe une élue LREM, pour qui "plus personne n'oserait siffler une ministre en robe à fleurs", comme Cécile Duflot en 2012. Mais il reste "de la misogynie" et "sur tous les bancs, on peut encore entendre Mme le ministre, Mme le député...".

Néo-élu, Matthieu Orphelin (LREM) ne juge pas que "l'égalité homme-femme est gagnée", mais "on voit le changement de génération, et pratiquement la parité", au moins chez LREM.

Pour Brigitte Kuster (LR), il y a "peut-être une prise de conscience globale, car les petites réflexions grivoises" ont tendance "à disparaître".

La socialiste Delphine Batho, élue depuis 2007, admet que "le climat a changé dans les ascenseurs, il y a des vannes grossières qu'on n'entend plus". Des affichettes rappellent les dispositifs anti-harcèlement, notamment le "référent" en place depuis 2013.

Mais, dit-elle à l'AFP, on n'est "pas à l'abri d'un dérapage macho" et les plus âgés n'ont pas "le monopole" du sexisme.

Elle évoque ainsi le jeune Robin Reda (LR) -reprochant notamment un ton "quasi-maternel" à Yaël Braun-Pivet (LREM) avant de s'excuser face au tollé- et rappelle "encore cet été" des bruits de chèvre pendant l'intervention d'une LREM, dont "l'auteur n'a pas été retrouvé".

- "Pas se plaindre, se battre" -

Se jugeant protégée par le fait d'être "estampillée féministe", l'Insoumise Clémentine Autain décèle quand même du sexisme, comme "du brouhaha" quand une femme parle.

Un élu MoDem pointe la droite, où subsiste "un patricarcat affirmé".

Mercredi, la secrétaire d'Etat Brune Poirson a d'ailleurs exhorté certains à "un peu moins de machisme", déclenchant une standing ovation de la majorité.

Plus prosaïquement, s'ajoutent par exemple des "micros plus adaptés à des voix graves", selon Clémentine Autain, pour qui le sexisme ne vient pas seulement de "machistes conscients qui oppriment des femmes".

Il y a notamment "des mécanismes d'intériorisation qui pèsent sur nos comportements", observe-t-elle, voyant dans le mouvement #metoo "une bonne vague de fond" qui pousse des députés à s'interroger.

Pour la communiste Elsa Faucillon, si certains se sont questionnés ou "sentis sous contrôle" ces derniers mois, il y a "une partie d'indécrottables qu'il faut mettre devant leurs contradictions, misogynie, ou sexisme avéré".

Elle se souvient d'"une remarque +ça fait pas ministre+ la première fois que Marlène Schiappa a parlé dans l'hémicycle", jugeant "le combat encore devant nous".

"Il faudra plus qu'une génération de députés pour tout casser", renchérit une LREM, constatant que, dans son groupe, les "stars" sont majoritairement masculines.

"Au fond, les choses n'ont pas tant changé que cela", observe Virginie Duby-Muller (LR), même si cela "se passe bien" dans son groupe (24 femmes sur 101).

Mais "dans notre petite sphère feutrée, lorsqu'il y a des violences sexuelles, on se tait, le plus souvent", et "les plus vulnérables" sont les collaboratrices, selon Esther Benbassa, sénatrice écologiste.

Depuis juin, la justice a classé sans suite une plainte pour harcèlement d'une ex-collaboratrice visant le député LREM Christophe Arend.

Plusieurs députés assurent que leurs collaborateurs n'ont "rien fait remonter", pas "même des rumeurs". Mais une collaboratrice affirme qu'on entend encore "des jeunes se plaindre des remarques lourdingues de leur boss sur leur physique".

Des porte-parole du collectif "Chair collaboratrice", né après l'affaire Baupin, ont récemment pointé un sexisme "exacerbé" par leur rôle de "petites mains" et un manque de moyens réels "pour protéger les femmes".

François de Rugy (LREM) a concédé que "dans une communauté humaine de 4.000 personnes (députés, fonctionnaires, collaborateurs), il peut toujours y avoir des comportements déviants".

Pour Delphine Batho, demeure la question de "la féminisation du pouvoir". "On dénie toujours aux femmes la capacité d'être cheffe politique. Mais il ne faut pas se plaindre, il faut se battre".

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