Dans l'université parisienne de Tolbiac, une "bulle" de contestation qui veut s'amplifier

Dans l'université parisienne de Tolbiac, une
Bandertole célébrant la "ville libre de Tolbiac sur un mur de l'université parisienne, le 4 avril 2018 CHRISTOPHE SIMON
education

"Il ne faut pas qu'on reste une bulle de résistance": occupée depuis deux semaines, la fac parisienne de Tolbiac vit au rythme d'un mouvement de contestation qui veut entraîner dans son sillage les autres universités et alimenter une opposition générale au gouvernement.

"Commune Libre de Tolbiac": en référence à la période insurectionnelle de la Commune de Paris, une grande banderole en caractères rouges barre l'entrée de cette tour de 22 étages dans le sud-est de Paris, devenu un des points chauds de la mobilisation contre la réforme des universités et plus largement contre la politique d'Emmanuel Macron.

Les occupants, dont le nombre fluctue de quelques dizaines à plusieurs centaines durant les assemblées générales, y résident jour et nuit depuis le 26 mars. Le 2 avril, une AG a voté un blocage "illimité" du site jusqu'au retrait de la réforme des universités. La loi, votée le 15 février, vise à réduire le taux d'échec en première année par un système inédit de classement des dossiers, une "sélection" selon ses détracteurs.

Les étudiants de Tolbiac ont organisé une vie en autogestion: ils se nourrissent d'une cuisine approvisionnée par leurs soutiens, dorment dans les amphis qui accueillent durant la journée des cours ouverts à tous, organisent des "tours de garde" pour éviter toute évacuation policière ou intrusion extérieure...

Dans le hall de cette factulté qui accueille entre 10.000 et 12.000 étudiants de premier cycle, des graffitis contre l'Etat et la police ou clamant "la victoire ou le tombeau" et "ZAD partout" recouvrent notamment les murs.

"Il ne faut pas que ça reste juste une bulle de résistance. La lutte est bien organisée ici, il faut que ça prenne ailleurs, et ça commence à prendre", assure à l'AFP un étudiant souhaitant rester anonyme.

Selon lui, l'attaque "fasciste" menée par des militants d'extrême droite vendredi soir souligne l'importance qu'a pris le mouvement: "Ils ont attaqué parce qu'on est arrivé à construire un truc ici".

Vendredi, une vingtaine de personnes, casquées ou masquées et brandissant une banderole "Fac Libre", sont venus défier les occupants, échangeant jets de divers projectiles. Six personnes ont été interpellées et devaient être présentées à la justice en vue d'éventuelles poursuites.

Dimanche, la découverte de cinq cocktails Molotov à l'intérieur du bâtiment a également déclenché l'ouverture d'une enquête.

- "Je ne reconnais pas ma fac" -

En assemblée générale lundi matin, plusieurs centaines d'étudiants ont réaffirmé leur souhait de continuer à étendre la contestation, appelant notamment à soutenir l'occupation de la faculté à Nanterre, où les CRS sont intervenus, et dans l'établissement voisin de Paris-3-Sorbonne Nouvelle, bloqué depuis les premières heures du jour.

"On est là parce qu'on veut que la lutte s'impose dans la durée, qu'elle se transforme en une lutte inter-fac. Il ne faut pas lâcher et aller aider d'autres sites où c'est plus compliqué de bloquer", a déclaré Kevin, étudiant en première année de droit.

Cette volonté de développement pose des dilemmes stratégiques. Affaiblir le mouvement "pour aller aider d'autres facs, pourquoi pas mais attention à ne manquer de forces vives à Tolbiac car si les +fachos+ reviennent, on sera mal", prévient Thomas, 21 ans.

Les occupants, issus pour un certain nombre de la mouvance autonome, veulent aussi oeuvrer à une "convergence des luttes" entre les mouvements étudiants, celui des cheminots et des fonctionnaires contre la politique actuelle, "dont nous sommes tous les victimes", lance un étudiant à la tribune.

Des étudiants ne participent pas à l'occupation mais viennent de temps en temps s'informer et assister, parfois dépités, aux AG.

L'occupation ne fait pas l'unanimité, et certains suspectent des occupants d'être des activistes et non des étudiants.

"Je suis d'accord sur le fond mais pas sur la forme", tranche Marina, étudiante en deuxième année d'éco-droit: "Comment peut-on dégrader à ce point le lieu où l'on étudie? En quoi casser, taguer, salir fera-t-il avancer notre propos? Ce n'est plus une fac mais une ZAD".

"Je ne reconnais pas ma fac", se désole son amie Anne-Charlotte, également étudiante en éco-droit, qui se dit "pourtant de gauche".

"C'était un endroit accueillant dans lequel je me sentais bien, mais regardez ce qu'il en reste. Dire que l'on est contre la sélection d'accord, mais qu'est-ce qu'on propose ?", interroge-t-elle: "Ils défendent une noble cause mais de la mauvaise manière".

Vos commentaires