En ce moment
 
 

Des "fautes" et une "souffrance": son avocat plaide la clémence pour Isabelle Balkany

Des
Le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, discute avec son épouse Isabelle, première adjointe, lors d'un conseil municipal le 15 avril 2019STEPHANE DE SAKUTIN

Isabelle Balkany plaide "coupable de blanchiment" de fraude fiscale, mais ne doit pas être "un symbole" livré à la vindicte de l'opinion publique, a demandé lundi son avocat, appelant le tribunal à la clémence pour une femme politique "en souffrance".

Première adjointe de son époux Patrick Balkany à la mairie LR de Levallois-Perret, commune cossue et surendettée de l'ouest parisien, Isabelle Balkany, 71 ans, n'a assisté à aucune audience devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le 13 mai.

Quelques jours avant le début du procès, elle a fait une tentative de suicide, selon ses proches. "Elle a craqué", a expliqué son avocat Pierre-Olivier Sur, avant de lire une lettre où sa cliente évoquait "le choc émotionnel provoqué par une médiatisation outrancière et dévoyée" de l'affaire.

Jeudi dernier, dénonçant la dissimulation d'au moins 13 millions d'euros d'actifs et un "blanchiment continu et systématique" du couple Balkany de 2007 à 2014, le parquet national financier a requis sept ans ferme contre lui et quatre ans de sursis et 500.000 euros d'amende contre elle, relevant qu'elle avait "reconnu une faute".

"Isabelle Balkany, c'est une souffrance, un coeur qui bat, ce sont des valeurs (...), le sens du travail. C'est aussi, quand il le faut, le courage de dire +j'ai commis des fautes+", a lancé Me Sur.

Un courage qu'il oppose au "climat de haine" rencontré sur les réseaux sociaux et jusque dans les couloirs du tribunal: "il y a des gens qui viennent nous alpaguer jusque dans les ascenseurs pour dire +Ce sont des salopards+, comme si cette affaire était un symbole d'un monde passé qu'il fallait définitivement détruire".

- "Pas le dossier du siècle" -

Il a appelé les juges à ne pas confondre l'exemple - "juger c'est une forme d'exemplarité" - et le "symbole" - la tentation de sanctionner l'impunité supposée des puissants en oubliant le caractère nécessairement individuel de la peine.

L'accusation reproche aux Balkany de savants montages offshore destinés à cacher un joli patrimoine, notamment deux villas de rêve: Pamplemousse à Saint-Martin et Dar Guycy à Marrakech.

Après avoir longtemps nié, Isabelle Balkany a fini par reconnaître pendant l'instruction avoir acquis la villa antillaise en 1997, via une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse. "Nous plaidons coupable pour emploi de fonds successoraux non déclarés", a déclaré Me Sur.

Le couple a en revanche toujours nié détenir le riad de la palmeraie, acquis en janvier 2010 par une SCI marocaine, elle-même détenue par une société écran panaméenne aux titres au porteur. Et ce, en dépit des peignoirs brodés aux initiales "PB", des livres dédicacés, des meubles payés par Isabelle Balkany et livrés dans la villa saharienne.

"Des meubles achetés sur son compte personnel, il y en a", a concédé Me Sur, ajoutant: "comme elle a acheté des meubles pour une maison louée dans le Var". "Entre 50 et 100.000 euros" de meubles pour le riad: "ce n'est pas le dossier du siècle", plaide-t-il.

Les avocats d'Alexandre Balkany, accusé d'avoir souscrit deux baux de location fictifs du riad pour "couvrir" ses parents, ont dénoncé "une forme d'acharnement" à l'encontre du fils des édiles et demandé sa relaxe.

Me Emmanuel Moulin a décrit la vie détruite de l'homme d'affaires de 38 ans: mis en prison "parce qu'il lui manquait 30% de caution" après avoir réglé celle d'un million d'euros de sa mère, privé un temps de son passeport, ruiné après la faillite de sa société...

Tout en saluant la "clémence" revendiquée du parquet, qui n'a réclamé qu'une amende de 100.000 euros à Alexandre Balkany, Me Moulin a souligné que le blanchiment impliquait "une intention" et que son client n'avait "à aucun moment participé au montage des sociétés" impliquées dans l'acquisition du riad.

La défense a aussi demandé pour Isabelle et Patrick Balkany l'usufruit du moulin de Giverny (Eure), résidence principale dont ils ont donné la nue propriété à leurs enfants. Pour ces derniers, les avocats ont réclamé la levée de la saisie, prévenant que la confiscation de la propriété aurait pour conséquence de "spolier illégalement" les enfants du couple, Alexandre et Vanessa.

Les plaidoiries de la défense se poursuivent mardi et mercredi.

Vos commentaires