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Dix ans après la Palme d'or, un collège encore marqué par "Entre les murs"

Dix ans après la Palme d'or, un collège encore marqué par
L'entrée du collège Françoise-Dolto, le 26 mai 2008 à ParisJEAN AYISSI
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"Entre les murs", palme d'Or à Cannes en 2008, avait braqué les projecteurs sur le collège Françoise-Dolto de Paris. Dix ans après, cet établissement se défait à peine de la réputation "difficile" véhiculée par le film et lourde à porter dans un quartier en pleine gentrification.

"Il y a deux ans encore, quand je présentais le collège aux parents, j'avais des réflexions comme: +Ah oui mais si ça se passe comme dans le film!+", rapporte Marie Busson, qui a pris en 2013 la direction de l'établissement, situé dans le XXe arrondissement.

"Les gens ont vraiment pensé que c'était la réalité. On a eu beaucoup de mal à se défaire de cette réputation", ajoute-t-elle, mettant en cause le caractère hybride du film entre fiction et documentaire.

Inspiré du roman homonyme de François Bégaudeau qui y joue son propre rôle de professeur anticonformiste, "Entre les murs", plonge dans le quotidien d'un collège d'éducation prioritaire (ZEP, aujourd'hui REP) et met en scène des échanges spontanés mais aussi violents entre élèves et enseignants.

Le tournage a été précédé, le temps d'une année scolaire, d'ateliers d'improvisation avec des élèves du collège Françoise-Dolto autour du réalisateur Laurent Cantet.

- Le revers de la Palme -

Mais cette image d'établissement "difficile" et atypique a entraîné des stratégies d'évitement dans un quartier en pleine gentrification depuis dix ans.

"Ca ne m'a pas sécurisé par rapport au collège", reconnaît Béatrice A., une habitante du quartier qui a préféré, à l'époque, placer son fils dans le privé: "Théo n'était pas bon à l'école et j'avais peur des influences qui pourraient le distraire".

Certains professeurs ont alors entrepris de redorer l’image de l'établissement.

"Pour montrer aux parents qu'un professeur de français ne travaille pas ainsi, moi je me montrais avec un livre à la main", témoigne Marie-Laure Bulliard, qui a participé au tournage et enseigne toujours à Dolto.

"J'allais aux réunions de présentation du collège pour répondre aux questions concernant le film et présenter nos projets", témoigne de son côté Vincent Robert, professeur d'EPS.

Voyage d'intégration en Normandie, association sportive dynamique, partenariats culturels avec l'Opéra de Paris: les enseignants du collège, doté des moyens financiers d'un établissement prioritaire, ont dû mettre en avant de nombreuses initiatives pour rassurer et séduire les parents.

"Ce qui fait la force d'un établissement c'est l’équipe pédagogique et son animation", assure Béatrice A., devenue représentante des parents d’élèves du collège après y avoir finalement scolarisé ses deux derniers enfants.

"Ce qu'aura appris ma fille en REP, ce sont des atouts énormes dans sa façon d'appréhender les différences", ajoute une autre représentante de parents d'élèves, Véronique Bahuet.

- "Petit village" -

Pour la principale du collège, "les familles aisées ne sont plus dans la stratégie d'évitement. A la rentrée quand on fait l'appel, on voit que la population a changé".

Mais si les enseignants défendent cette nouvelle "mixité sociale", ils craignent que la transformation du quartier Belleville-Pyrénées ne remette en cause le statut de l'établissement.

"Si l'on sortait de la carte d'éducation prioritaire, on perdrait des moyens humains, des heures", s'inquiète Mme Busson qui souligne la présence toujours importante d'élèves en situation "de grande précarité".

Françoise-Dolto accueille 40% de boursiers et dispose d'un fonds social plus important que les autres établissements.

Du côté des anciens élèves-acteurs, restés attachés à leur quartier - "petit village où tout le monde se connaît" -, on se souvient d'un collège "difficile" mais surtout "soudé et humain".

"Le quartier perd de son caractère populaire mais c'est important que Dolto reste un collège d'éducation prioritaire et que ce ne soit pas toujours les plus privilégiés qui bénéficient de la meilleure éducation", témoigne Juliette Demaille, qui jouait le rôle d'une élève et termine aujourd'hui ses études d'histoire de l'art.

"Tous les gens qui ont grandi ici ont du mal à aller ailleurs", observe Rabah Naït Oufella, 25 ans, toujours acteur et habitant du quartier. "Mais ceux qui ont grandi ailleurs et s'installent ici font monter les prix et les familles les plus pauvres se font chasser", déplore-t-il.

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