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Dublin donne le coup d'envoi à la nouvelle loi sur l'avortement

Dublin donne le coup d'envoi à la nouvelle loi sur l'avortement
Une peinture murale à Dublin en faveur du droit à l'avortement, le 25 mai 2018Artur Widak
avortement

Le gouvernement irlandais a commencé mardi à élaborer une nouvelle législation destinée à libéraliser l'avortement, quatre jours après un référendum historique abrogeant l'interdiction constitutionnelle de l'IVG dans ce pays catholique.

L'exécutif a dit vouloir présenter son projet de loi ouvrant le droit à l'avortement avant la trêve parlementaire estivale en vue de son examen par les deux chambres du Parlement. Il souhaite promulguer la nouvelle législation vers la fin de l'année.

Le ministre de la Santé Simon Harris "a reçu l'autorisation du gouvernement (...) de commencer à rédiger immédiatement et en priorité une législation détaillée avec l'objectif de la présenter devant la chambre basse avant la pause estivale", prévue en juillet, a déclaré le Premier ministre Leo Varadkar devant le Parlement, à l'issue d'un conseil des ministres.

Les Irlandais ont approuvé à une majorité écrasante de 66% la libéralisation de l'avortement par référendum vendredi, nouveau séisme culturel dans cette petite république de 4,7 millions d'habitants, trois ans après la légalisation du mariage homosexuel.

Dublin avait annoncé, en cas de victoire du "oui", son intention d'autoriser l'interruption volontaire de grossesse (IVG) sans conditions jusqu'à 12 semaines, ou jusqu'à 24 semaines dans des cas exceptionnels, notamment quand la vie de la mère est menacée.

- 'Agir vite' -

Leo Varadkar, 39 ans, médecin de formation, par le passé anti-avortement avant de changer d'opinion à l'aune de nombreux témoignages de femmes, avait évoqué une "révolution tranquille" dans son pays, traduisant le déclin de l'influence de l'Eglise catholique.

"Nous souhaitons légiférer aussi vite que possible", a-t-il indiqué devant les députés. "Mais nous ne voulons pas nous précipiter. Il est important d'agir vite mais pas au point de faire passer une mauvaise loi". Selon lui, le texte devrait être effectif d'ici "la fin de l'année" ou au "1er janvier 2019".

Outre la rédaction du projet de loi, le chef de l'exécutif a cité deux autres chantiers à venir: l'établissement de nouvelles règles cliniques et les autorisations pour de nouveaux médicaments. "Il ne s'agit pas que de légiférer, nous avons besoin d'un cadre technique", a-t-il précisé.

Concernant le calendrier, plusieurs partis d'opposition ont appelé à prolonger la session parlementaire afin que le projet de loi puisse passer en commission durant l'été, une option que le Premier ministre s'est dit prêt à considérer. Le Parlement pourrait ainsi repousser d'une semaine ses vacances, prévues à partir du 12 juillet.

- 'Objection de conscience' -

Dès mardi, le ministère irlandais de la Santé a entamé des consultations avec les différentes professions du secteur médical pour discuter des termes de la loi et envisager son application pratique.

Lundi, l'Irish Medical Organisation (IMO), un syndicat de médecins généralistes, a demandé des garanties au gouvernement concernant l'"objection de conscience", afin de permettre aux praticiens qui refuseraient de réaliser un avortement de transférer le dossier d'une patiente à un collègue.

Questionné au Parlement sur d'éventuelles mesures intermédiaires, le chef du gouvernement irlandais a dit pouvoir envisager d'abroger la loi interdisant aux médecins d'informer et d'orienter les patientes vers des cliniques à l'étranger, affirmant cependant que cette "approche ponctuelle" aurait pour effet de retarder l'examen du projet de loi global.

Parmi les députés qui s'étaient exprimés contre une libéralisation de l'IVG en Irlande, beaucoup ont décidé de se ranger derrière le vote populaire, laissant présager d'une large majorité pour voter le projet de loi gouvernemental. La réforme a également reçu le soutien de Micheal Martin, chef du parti d'opposition Fianna Fail.

Interrogé sur la possibilité de rendre l'avortement accessible aux citoyennes d'Irlande du Nord, où la législation reste l'une des plus restrictive en Europe, Leo Varadkar a affirmé que l'hypothèse était envisageable.

Il a ajouté que les Nord-Irlandais peuvent déjà traverser la frontière pour des soins et détenir un passeport irlandais, une disposition prévue par l'Accord de paix du Vendredi saint.

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