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En Corse, Macron exclut toute amnistie avant sa rencontre avec les nationalistes

En Corse, Macron exclut toute amnistie avant sa rencontre avec les nationalistes
Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors de l'hommage au préfet Claude Erignac le 6 février 2018 à AjaccioLUDOVIC MARIN

Emmanuel Macron a adopté un ton ferme mardi au premier jour de sa visite en Corse en excluant toute amnistie de prisonniers, l'une des revendications des responsables nationalistes qu'il doit rencontrer dans la soirée.

Le chef de l'Etat a également affirmé la nécessité de ménager un "avenir" à la Corse dans le "giron républicain", posant ainsi les termes du débat qu'il entend avoir durant les deux jours de sa première visite dans l'île.

Il a affiché cette fermeté en prononçant un discours en hommage au préfet Claude Erignac sur les lieux où ce dernier a été assassiné il y a 20 ans à d'Ajaccio.

Son assassinat par un commando nationaliste "ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s'explique pas", a affirmé Emmanuel Macron, qui s'exprimait devant quelque 300 personnes. "La Corse, terre de fierté et de dignité, a été salie par ce crime", a poursuivi le président. Il s'est félicité que "la justice de la République" ait "pu être rendue" et a averti qu'elle serait "suivie sans complaisance, sans oubli, sans amnistie".

Il a ainsi fermé la porte à l'une des principales revendications défendues par les deux dirigeants nationalistes de l'île, le président du Conseil exécutif Gilles Simeoni, présent à la cérémonie, et celui de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, absent.

Ces derniers n'ont pas immédiatement réagi, dans l'attente de l'entretien qu'ils doivent avoir avec lui à la Collectivité territoriale unique, à Ajaccio.

- 'lieu maudit' -

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni ont multiplié les déclarations ces derniers jours pour appeler le pouvoir à un "dialogue sans tabou", tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte leurs revendications pour une plus grande autonomie, la co-officialité de la langue corse ou le statut de résident.

"Il y a une fenêtre historique pour sortir de la logique de conflit", a estimé Gilles Simeoni, qui s'est toutefois inquiété mardi dans Corse-Matin de la présence "autour du président de la République de faucons qui campent sur un refus total de toute avancée et jouent la politique du pire".

Comme les trois députés nationalistes présents, Gilles Simeoni n'a pas applaudi le discours du président.

Emmanuel Macron a dénoncé avec force la "lâcheté" des assassins du préfet, coupables d'"un de ces actes de terrorisme dont notre nation eut encore récemment à subir la barbarie", en faisant référence aux attentats jihadistes.

En inaugurant une place Claude Erignac sur les lieux de l'assassinat, "nous scellons notre union indéfectible dans la République", qui doit "ménager à la Corse un avenir à la hauteur de ses espérances, sans transiger avec les requêtes qui la feraient sortir du giron républicain", a-t-il insisté. Ce qui sera mené "sans faux semblants", "sans non-dits" et "sans détour", selon lui.

Le chef de l'Etat prononcera mercredi à Bastia un discours sur sa vision de la Corse. Il aura auparavant rencontré des élus des autres tendances politiques, comme le maire LR d'Ajaccio, Laurent Marcangeli, et des membres de la société civile.

A Paris, le chef de file des députés LR, Christian Jacob, a déclaré craindre qu'Emmanuel Macron ne "lâche" finalement sur la Corse: "Les Français ont bien décrypté la méthode Macron, des annonces très dures, solennelles, fortes et après on rétropédale sur tout", a-t-il déclaré.

Le chef de l'Etat est arrivé en Corse en compagnie de la veuve et des deux enfants de Claude Erignac, qui revenaient pour la première fois dans l'île depuis le 6 février 1998.

"J'espère que la République ne faiblira jamais en Corse", a déclaré Dominique Erignac, en rendant hommage à son mari sur "ce lieu maudit" où elle a dit avoir pensé ne jamais revenir.

Parmi les 300 personnes présentes, figurait Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur à l'époque du drame et très impopulaire dans les milieux nationalistes. Il a été convié "par tradition républicaine", a expliqué l'Elysée, mais Gilles Simeoni y a vu un "très mauvais signal".

La mort de Claude Erignac - premier préfet tué en France depuis Jean Moulin en 1943 - avait provoqué une énorme émotion en Corse, avec, les jours suivants, les plus grandes manifestations jamais organisées à Ajaccio et Bastia. Trois membres du commando, dont Yvan Colonna - qui était devenu "l'homme le plus recherché de France" -, sont toujours emprisonnés.

Le nationalisme corse a tourné en 2014 la page de la clandestinité et des attentats, avant d'obtenir une majorité absolue aux élections territoriales en décembre.

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