En Inde, un feuilleton politique à rebondissements au Karnataka

Assemblée sans majorité, accusations de corruption, audience de la Cour suprême en pleine nuit, élus séquestrés: la lutte pour gouverner le Karnataka, grand État du sud de l'Inde, fait rage entre les nationalistes hindous et leurs opposants.

Cette riche région de plus de 65 millions d'habitants, jusqu'ici dernier grand bastion du parti du Congrès de Rahul Gandhi, se retrouve en effet sans majorité définie suite à l'élection de son parlement local le week-end dernier. Un flottement qui a déclenché une guerre politique féroce.

Au terme d'une campagne particulièrement virulente et toxique des deux côtés, le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi a effectué une percée dans les urnes, remportant 104 sièges, mais manquant toutefois de peu la barre de la majorité absolue de 113 sièges.

Tombé en deuxième position, le Congrès tente désespérément d'empêcher que Bangalore, capitale de l'État et centre de la high-tech indienne, tombe aux mains de son ennemi juré.

Le parti historique de l'indépendance a donc choisi de se ranger derrière une petite formation régionale, le Janata Dal (Secular), ce qui lui donnerait arithmétiquement la majorité absolue pour diriger le Karnataka.

Mais revendiquant sa première place, le BJP a obtenu du gouverneur de l'État - un fidèle de Modi issu des mouvances nationalistes hindous - qu'il lui confie la formation du gouvernement. Il dispose de 15 jours pour montrer qu'il a une majorité de législateurs derrière lui.

Demandant que cette charge soit plutôt confiée à sa coalition, le Congrès a effectué un recours d'urgence devant la Cour suprême d'Inde. Tirée du lit, la plus haute instance judiciaire du pays a ainsi siégé trois heures au milieu de la nuit de mercredi à jeudi, pour finalement rejeter à l'aube la requête du Congrès.

- "Défaite de la démocratie" -

Or le BJP ne peut gouverner le Karnataka que si des élus des autres partis retournent leur veste. Dans ce contexte, tous les coups semblent permis.

En conférence de presse, le leader du Janata Dal (Secular) a publiquement accusé les nationalistes hindous d'essayer de corrompre ses élus, affirmant qu'ils leur offraient 15 millions de dollars chacun pour changer de camp. Le BJP a démenti ces propos.

Pour essayer d'empêcher les braconnages, le Congrès et son allié ont du coup enfermé leurs législateurs dans des hôtels de luxe autour de Bangalore, une pratique récurrente en politique indienne pour endiguer les défections.

Dans le dernier épisode en date, le candidat du BJP, B.S. Yeddyurappa, a prêté serment jeudi matin comme ministre en chef du Karnataka. "Ce matin, pendant que le BJP célèbre sa victoire creuse, l'Inde sera en deuil de la défaite de la démocratie", a tweeté Rahul Gandhi, l'héritier de la célèbre dynastie politique indienne.

Le nouveau chef de l'exécutif a lui exprimé son bon espoir de passer le test d'un vote de confiance à l'assemblée législative, sans donner davantage de détails. "Je suis sûr à 100% du succès", a déclaré B.S. Yeddyurappa à la presse après sa prise de fonctions.

Feuilleton à suivre donc...

Arrivé au pouvoir central à New Delhi en 2014, le parti du Premier ministre Narendra Modi contrôle désormais directement la plupart des grands États d'Inde, soit 70% de la population.

Après avoir dominé la politique indienne depuis l'indépendance en 1947, le Congrès est quant à lui en passe d'être oblitéré de la carte électorale et approche en situation de grande faiblesse les élections législatives générales de l'année prochaine.

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