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Le départ annoncé de Collomb, nouveau casse-tête pour Macron

Le départ annoncé de Collomb, nouveau casse-tête pour Macron
Gérard Collomb le 5 septembre 2018ludovic MARIN

Le départ programmé de Gérard Collomb du gouvernement après les européennes de mai 2019 représente un nouveau casse-tête pour Emmanuel Macron et risque d'ajouter encore à la confusion d'une rentrée bien agitée pour l'exécutif.

Dans un entretien à l'Express, le ministre de l'Intérieur a annoncé mardi qu'il serait candidat à Lyon en 2020 et qu'il envisageait de quitter son poste gouvernemental après les européennes de 2019 pour faire campagne.

"C'est loin, les municipales. Si d'ici là on ne m'a pas diagnostiqué de maladie grave [rires], je serai candidat à Lyon", a-t-il dit, mettant fin aux spéculations sur son implication dans les futures batailles municipales lyonnaises.

L'Elysée, qui était au courant depuis "plusieurs jours" selon une source gouvernementale, a qualifié de "bonne nouvelle" que M. Collomb souhaite à 71 ans "consacrer du temps et de l'énergie" à la métropole lyonnaise.

Du côté de Matignon, on a évoqué un "secret de Polichinelle" en rappelant combien M. Collomb était attaché à sa ville dont il fut le maire pendant 16 ans avant d'être nommé en mai 2017 ministre de l'Intérieur.

Emmanuel Macron remaniera "lorsqu'il le jugera nécessaire", a précisé l'Elysée. Plusieurs autres ministres pourraient se lancer dans la course aux municipales, comme Benjamin Griveaux à Paris ou Christophe Castaner à Marseille.

Le président a déjà été contraint début septembre de reconfigurer le gouvernement après les départs soudains de Nicolas Hulot et Laura Flessel en plein milieu d'une rentrée compliquée avec les suites de l'affaire Benalla et la valse hésitation sur l'impôt à la source.

Habituel relais discipliné de la parole élyséenne, M. Collomb disait cultiver une relation "quasi filiale" avec M. Macron à l'investiture duquel il était apparu particulièrement ému.

Il avait dès lors créé la surprise en pointant du doigt le "manque d'humilité" de l'exécutif, le 6 septembre. Une sortie qualifiée de "maladroite" et de "limite limite" mardi par une source gouvernementale, "car elle a donné le sentiment qu'elle visait le président".

Commentant ces difficultés, la métaphore du Titanic a inspiré l'opposition de droite comme de gauche, à l'image du député LFI Eric Coquerel qui estime que "ça va finir par couler tout ça".

- "Ministre à mi-temps" -

Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez a qualifié de "surréaliste" l'annonce de M. Collomb qui, comme M. Hulot et Mme Flessel, "choisit sa date de départ", un acte selon lui "révélateur de l'affaiblissement du président de la République".

Le patron des LR a également dénoncé le fait que, selon lui, le locataire de Beauvau serait désormais "un ministre à mi-temps", toujours en poste mais déjà presque parti.

"Les neuf mois qui s'annoncent ne seront pas une sinécure. Personne ne comprendrait qu'il ne mène pas les chantiers à leur terme avant de s'en aller", a également déclaré à l'AFP le patron du syndicat policier Alliance, Jean-Claude Delage, qui voit cependant dans son annonce, une "marque de responsabilité et d'honnêteté".

"Je ne serai pas ministre de l'Intérieur jusqu'à l'avant-dernier jour. A partir d'une certaine période, il vaut mieux être totalement disponible pour la campagne", a expliqué M. Collomb dans L'Express.

Quelques heures après, le ministre s'est rendu dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes (Essonne), pour inaugurer les "quartiers de reconquête républicaine", une des mesures-phares de la Police sécurité du quotidien (PSQ). Mais leur lancement a été totalement eclipsé par l'annonce de son départ. A son arrivée, M. Collomb, pressé de questions, a juste déclaré se sentir "super, de mieux en mieux" dans le gouvernement.

Il a ensuite donné rendez-vous "au mois de juin ou juillet pour tirer le bilan" de son action au ministère de l'Intérieur.

Moqué pour son verbe parfois brouillon, critiqué pour ne pas avoir su couper le cordon avec sa ville de cœur, Gérard Collomb a maintenu son crédit auprès de l'opinion publique en dépit de réformes contestées, surtout à gauche: la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (Silt), qui a intégré dans le droit commun des dispositions de l'état d'urgence, ou la loi asile immigration, critiquée au sein même de la majorité parlementaire.

Mais cet été, le ministre de l'Intérieur a été pris dans la tourmente de l'affaire Benalla pour accuser une baisse sensible de 11 points de satisfaction sur son action en tant que ministre de l'Intérieur par rapport à septembre 2017, selon un récent sondage BVA-Mag2Lyon.

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