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Goncourt des lycéens: rencontrer les auteurs pour mieux choisir

Goncourt des lycéens: rencontrer les auteurs pour mieux choisir
La romancière Meryem Alaoui à Paris le 20 septembre 2018JOEL SAGET
education, Prix

Étape-clé du Goncourt des lycéens, les rencontres régionales entre auteurs sélectionnés et jeunes jurés sont l'occasion, comme à Rennes, d'échanges francs et enthousiastes, parfois décisifs dans le choix final.

"Pourquoi avoir choisi une montagne comme personnage principal?", "Souhaitiez-vous choquer votre lecteur?", "Votre roman est-il autobiographique?"... A Rennes, pendant trois heures, neuf classes de lycéens ont assailli de questions 13 des 15 auteurs en lice.

"C'est une chance pour nous de voir les auteurs en vrai. On n'est pas beaucoup à vivre ça en tant que lycéens", reconnaît Flora, 16 ans, en 1ère L à Carquefou (Loire-Atlantique). Son seul regret: l'annulation de la séance de dédicaces pour des raisons d'emploi du temps. Louise, 16 ans, a, elle, battu son "record personnel" en lisant cinq livres en un mois et demi. Cette lycéenne de Loudéac (Côtes-d'Armor) est "très contente de découvrir les auteurs" et "d'avoir un rôle dans l'attribution d'un prix littéraire".

Un enthousiasme partagé par les écrivains, qui participent à sept rencontres dans toute la France du 9 au 17 octobre, avant l'attribution du prix le 15 novembre.

"C'est un moment que j'apprécie énormément pour son intensité", a confié à l'AFP Meryem Alaoui, qui a trouvé la salle particulièrement "chauffée". "On sent vraiment une énergie particulière ici à Rennes. Les lycéens sifflent, applaudissent quand une réponse leur plaît".

"En discutant avec eux, on sort de notre solitude d'écrivain", relève Clara Dupont-Monod, qui a trouvé le public "très généreux". "Les lycéens sont à la fois exigeants, entiers et purs, ils ne veulent pas de discours préfabriqué. Il y a parfois des questions qui me font cogiter pendant tout le trajet de retour", ajoute l'auteur de La Révolte, qui imaginait les écrivains, quand elle était adolescente, comme "des gens forcément morts ou à l'article de la mort".

- Capital sympathie -

A l'issue des rencontres, les lycéens devront défendre en classe leurs auteurs préférés et en sélectionner trois qui seront à leur tour défendus lors des délibérations régionales le 12 novembre.

"C'est important que ces rencontres aient lieu maintenant (...) elles permettent aux élèves de relancer la lecture, un travail difficile et de longue haleine", assure Joël Lesueur, président de l'association Bruit de lire, missionnée pour la sélection des classes par le ministère de l'Education nationale, qui organise avec la Fnac le prix Goncourt des lycéens depuis 1988.

Et il ajoute: "On ne peut pas dire que le capital sympathie que sait dégager un écrivain soit sans effet sur le vote".

"C'est un moment important, les élèves l'attendaient pour nouer une relation avec les auteurs", confirme Christelle Guillot, professeur de lettres à Carquefou.

Alors quand Daniel Picouly évoque à grand renfort d'images l'éruption de la montagne Pelée en assurant "que la catastrophe naturelle est notre avenir", les lycéens sont conquis.

Même chose quand Éric Fottorino raconte qu'il a "su qu'il avait un père à 17 ans", et explique s'y être repris à "11 fois" pour écrire un livre qu'il n'a "pas aimé écrire". Pauline Delabroy a, elle, choisi son éditeur parce que c'était "le seul" qui ne voulait pas lui faire changer sa fin, tandis que Guy Boley avoue "ne pas se sentir capable d'inventer des histoires"... Autant de confidences qui font mouche dans l'esprit des jeunes jurés.

"Il y a des livres que j'ai envie de lire maintenant alors que ce n'était pas le cas en lisant la quatrième de couverture", assure Canelle, qui en est à son sixième roman. "C'est très intéressant de savoir ce que les auteurs pensent de leur propre livre et de voir comment ils les redécouvrent avec nos questions", témoigne Dorian, en seconde à Rennes. Pierre, 17 ans, dit avoir envie "d'aller fouiller dans les bibliographies des auteurs". Tous démentent une quelconque influence des adultes. "Les mômes votent et ils votent ce qu'ils veulent, même si les profs sont contre", sourit l'écrivain Gilles Martin-Chauffier.

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