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Wauquiez l'accuse d'être dans une "bulle", Macron s'invite à un débat-citoyen

Emmanuel Macron a joué les invités-surprises dans un débat-citoyen avec des "gilets jaunes" jeudi près de Valence, après avoir entendu les doléances d'une soixantaine d'élus lors d'un déjeuner-débat à Valence, et un tête-à-tête inédit avec le patron des Républicains Laurent Wauquiez, qui lui a reproché d'être "dans une bulle".

ISF, chômage, jusqu'au glyphosate: pendant 3H15, le chef de l'Etat, debout, micro en main, a balayé un grand nombre de préoccupations dans un échange de questions-réponses avec quelque 250 personnes réunies dans la Maison des associations de Bourg-de-Péage (10.500 habitants), fief du ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, qui l'accompagnait.

Comme il l'avait fait avec des élus à Bourgtheroulde (Eure) ou à Souillac (Lot) pendant plus de six heures, il a défendu ses choix, reconnaissant des "erreurs" et assurant qu'il allait changer les "mauvaises choses".

Il a encore une fois pris soin d'étudier des cas personnels, comme celui d'un handicapé qui lui a montré sa feuille de revenus. Ou d'écouter un participant qui lui a parlé à l'oreille.

Si l'ambiance était globalement détendue et bienveillante, il a été interpellé parfois vivement sur certains sujets comme l'ISF. "Je ne l'ai pas fait pour faire un cadeau à des gens". "Ben si", répondent plusieurs personnes. Lui: "non c'est pas vrai". "Si", insiste l'audience.

"Je ne suis pas un héritier", a-t-il lancé à une personne qui l'interpellait sur son passage professionnel par la banque Rothschild.

Sur le Smic, il a de nouveau expliqué : "si j'augmente le Smic de 100 euros payé par les employeurs, je détruis des emplois".

Et il a reconnu que la sortie du glyphosate en France ne serait pas possible "à 100%" dans trois ans, comme il s'y est engagé.

Il a semblé trancher le débat sur la taxe d'habitation pour les 20% les plus riches, en affirmant : "Plus personne ne la paiera. On la supprime en trois bouts".

De même pour l'application du "bonus-malus" pour limiter le recours aux contrats courts : "je souhaite qu'on aille au bout, branche par branche, parce que c'est vertueux", a-t-il dit.

- "Simulacre" -

Cette rencontre "montre la volonté du président de la République d'être au contact avec les gens. Le panel n'a pas été trié", a assuré M. Guillaume à la presse à l'issue de la réunion.

Certains restaient toutefois sceptiques. Comme le vice-président des Républicains (LR) Damien Abad. Nathalie Nieson "connaît #Macron! C’est un simulacre de #GrandDébatNational où l’on s’invite chez des amis! E. #Macron, arrêtez la com’, venez chez moi, dans l’Ain, et vous débattrez avec un parterre non choisi par vous ou vos amis !", a taclé l'opposant.

Le débat-citoyen était filmé, contrairement au déjeuner-débat organisé auparavant entre M. Macron et une soixantaine d'élus, dont le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez. Pas de caméras non plus pour le tête-à-tête inédit entre les deux hommes.

Lors du débat, le chef de l'opposition de droite a reproché au président son "écoute" tardive, responsable selon lui des "tensions" dans le pays. "Il faut réconcilier la France des villes et la France rurale", a ajouté le patron des Républicains. Il a ensuite conseillé, devant la presse, au président d'aller sur le terrain pour échanger "directement avec les Français, sans filtre", lui reprochant de faire "des voyages dans une bulle".

"Je ne voudrais pas qu'il y ait des caricatures" mais "il faut voir l'état dans lequel on a pris le pays", a répliqué Emmanuel Macron à Laurent Wauquiez, avant de faire l'éloge de la "décentralisation" et de la "déconcentration" pour "des décisions au plus près du terrain", en jugeant le processus "trop lent".

- "On prendra des décisions" -

Emmanuel Macron "écoute et essaie de répondre aux problèmes", a assuré le maire de Lyon Gérard Collomb, tout sourire pour les retrouvailles officielles des deux hommes depuis le départ avec fracas du gouvernement de l'ex-ministre de l'Intérieur, en octobre.

"On prendra des décisions, a déclaré le chef de l'Etat à la sortie. Ce n'est pas un débat simplement pour entendre, j'attends aussi des propositions concrètes. Toutes ces propositions donneront lieu, soit à des textes de lois, soit à des décisions d'organisation, soit à des modifications plus lourdes", a-t-il promis.

"Qu'est-ce qu'on veut ? Des monstropoles d'un côté et des communes abandonnées de l'autre ?", a demandé le socialiste Aurélien Ferlay, président des maires ruraux de la Drôme et maire de Moras-en-Valloire, 657 habitants.

"Quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n'est pas pour prendre de ses nouvelles", a-t-il conclu, convoquant Albert Camus dans la salle Barjavel de la préfecture.

Dehors, un périmètre de sécurité tenait à bonne distance quelques dizaines de "gilets jaunes" mobilisés malgré le vent glacé.

Macron "veut faire un débat citoyen mais il faut qu'il passe par les citoyens. On ne peut pas s'approcher, on est contrôlés. On ne passe pas si on a un +gilet jaune+", déplorait notamment derrière un des cordons de CRS Dominique Roux, artisan de 47 ans résidant à Etoile-sur-Rhône.

"Vous (ndlr: le gouvernement) taxez le petit peuple". Emmanuel Macron "n'est plus légitime dans ce contexte-là", a jugé plus tard, dans l'Emission politique sur France 2, Ingrid Levavasseur, qui a pris la tête d'une liste "gilets jaunes" pour les Européennes.

"Merci aux habitants de Bourg-de-Péage pour la sincérité de ce Grand Débat. Je continuerai à échanger avec ceux qui le souhaitent, partout sur le territoire", a tweeté Emmanuel Macron en fin de soirée.

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