En ce moment
 
 

Le grand débat confronte Macron aux multiples doléances de l'Outre-mer

Le grand débat confronte Macron aux multiples doléances de l'Outre-mer
Emmanuel Macron poursuit le grand débat en rencontrant à l'Elysée une soixantaine de maires ultramarins, le 1er février 2019Ludovic MARIN

Emmanuel Macron a été interpellé vendredi sur les nombreux problèmes des territoires d'Outre-mer, de la vie chère à l'immigration clandestine en passant par la prolifération des sargasses, à l'occasion du grand débat avec des maires ultramarins.

Organisé dans la salle des fêtes rénovée de l'Elysée, ce débat était sur le fond, et parfois sur la forme, très différent des trois premiers auxquels a participé le chef de l'Etat depuis la mi-janvier.

Venus des Antilles, de Réunion, Mayotte ou de Guyane, la centaine d'élus ont mis sur la table les mêmes problèmes que ceux soulevés par les "gilets jaunes": pouvoir d'achat, accès aux services publics, éloignement des centres de décision... Mais souvent avec une gravité bien supérieure en raison d'un coût de la vie supérieur ou de l'isolement des territoires ultramarins.

"On ne peut pas dire qu'on n'a rien fait au fil des années" mais "à chaque fois on fait le même constat et ce sont les mêmes problèmes qui reviennent: pouvoir d'achat, logement, santé, sécurité, immigration", a résumé Marie-Luce Penchard, maire de Basse-Terre en Guadeloupe.

La crise liée au mouvement des "gilets jaunes" est "très grave et très profonde", a souligné Emmanuel Macron en introduisant le débat. Mais, a-t-il précisé, les territoires ultramarins n'ont pas "tous été touchés de la même façon par ce mécontentement".

Jusqu'à présent, les "gilets jaunes" ont en effet peu mobilisé, même si plusieurs mouvements sociaux (aux Antilles en 2009, en Guyane en 2017, à Mayotte en 2018), avaient déjà reflété l'exaspération de la population. Seule La Réunion a connu son mouvement de "gilets jaunes", qui ont bloqué l'île pendant quinze jours en décembre, pour dénoncer la vie chère et les inégalités sociales.

"Dites les choses de manière directe, et apportez votre part de vérité", a demandé le chef de l'Etat aux maires, dont certains avaient fait un voyage de près de 10.000 km pour venir débattre avec lui.

Il a été pris au mot par plusieurs d'entre eux, qui l'ont longuement interpellé sur les spécificités, très diverses, de leur territoire.

- A Mayotte en juin -

Ainsi, des maires antillais ont réclamé le classement en catastrophe naturelle pour se faire indemniser par les assurances les dégâts causés par les sargasses, ces algues brunes aux émanations toxiques qui s'échouent sur les plages. Mais le président a rappelé une nouvelle fois "qu'on ne parle plus de risque quand ça devient annuel. Il faut collectivement s'organiser".

De vifs échanges ont également porté sur le chlordécone, insecticide longtemps utilisé dans les bananeraies aux Antilles, le chef de l'Etat estimant qu'on ne pouvait pas actuellement parler de produit "cancérigène".

Concernant la vie chère, Emmanuel Macron a mis en cause les sur-rémunérations de fonctionnaires et les situations de monopoles. "La vie chère est entretenue par le fait qu'il y a une dualité des rémunérations en Outre-mer", a-t-il souligné, en ciblant aussi "les filières monopolistiques ou oligopolistique" dans les Outre-mer, qui rendent par exemple une même voiture beaucoup plus chère à la vente qu'en métropole.

Le président a rappelé que, dans les territoires ultramarins, il y avait déjà eu "beaucoup de débats" avec les assises des Outre-mer, une grande consultation de 8 mois qui a aboutit en juin 2018 au Livre bleu Outre-mer.

Dans cette "feuille de route", le gouvernement a pris des engagements pour ces territoires qui cumulent difficultés sociales et économiques. "L'action commence", a assuré Emmanuel Macron.

Mais certains maires soulignent que sur le terrain, les besoins sont toujours là, malgré ces assises et les nombreuses consultations précédentes, comme les états généraux de Nicolas Sarkozy, ou les discussions pour la loi Égalité réelle outre-mer, de François Hollande.

Le chef de l'Etat, qui s'est déjà rendu à quatre reprises dans les Outre-mer (Saint-Martin et Saint-Barth, Guyane, Nouvelle-Calédonie, Les Antilles) depuis le début de son mandat, a annoncé qu'il se rendrait en juin à Mayotte, où les difficultés sociales sont exacerbées par l'immigration clandestine. Il devrait également se rendre à la Réunion.

Emmanuel Macron est attendu lundi à Courcouronnes (Essonne) pour une rencontre centrée sur la politique de la ville, avant un déplacement jeudi en Saône-et-Loire consacré à la jeunesse.

Vos commentaires