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Humour et bienveillance pour les Algériens de France face séisme dans leur pays

Heureux, prudents, caustiques, jamais indifférents: de Paris à Marseille, des Algériens de France observent avec bienveillance le séisme politique dans leur pays d'origine et, en écho aux protestataires d'Alger, réclament eux aussi que le régime et sa "clique de mafieux" soient extirpés à la racine.

Dans l'agence de voyages El Djazaïr, sur le boulevard de Belleville à Paris, aucune effervescence particulière, mais, lorsqu'ils sont interrogés, clients et employés commentent sans se faire prier la démission historique d'Abdelaziz Bouteflika, après 20 ans de pouvoir. Avec cet humour débonnaire qui caractérise la contestation algérienne depuis le début des manifestations, le 22 février.

"Bouteflika qui a démissionné ? C'est très sympa de sa part. On espère maintenant que l'Algérie va se libérer de ses mafieux", s'amuse Hassan Abadi, 53 ans, invalide. La personnalité du vieux président, invisible et quasi silencieux depuis des années en raison des séquelles d'un AVC en 1993, n'intéresse pas vraiment, ni ne suscite de ressentiment.

"Ce n'est pas lui qui me dérange, c'est le clan Saïd et ses alliés, les PDG des boîtes privées qui ont fait main basse sur l'Algérie", explique Amel Belli, une animatrice d'école de 48 ans. Saïd Bouteflika, le frère d'Abdelaziz, était réputé être à la manoeuvre dans l'ombre de son frère président.

"Et les militaires! On n'en veut pas non plus, ils ont bouffé l'Algérie", renchérit derrière son comptoir une employée de l'agence, Djamila Boulares, qui ne donne pas son âge mais indique en souriant : "je suis née sous le drapeau français".

"L'Algérie, vous voyez, c'est assez spécial", dit-elle en évoquant le fameux "système", ce régime de pouvoir opaque et complexe, que la rue algérienne veut voir démantelé.

Et, avec une soudaine véhémence, Djamila dresse le portrait-robot de celui ou celle qui devrait diriger le pays: "Il nous faut un riche au pouvoir. Riche de tête, riche de culture, riche d'argent. Riche de tout. Quelqu'un qui a vu, qui a vécu, qui veut juste faire du bien au pays, pas quelqu'un qui va se graisser la patte pendant des années".

Car la corruption, "les mafieux", les "voleurs", "la clique" reviennent en boucle dans la bouche de ces Algériens, dont certains ont quitté leur pays pour se chercher un avenir en France.

"C'est un pays qui a le pied sur le frein", dit Amine Boudjellal, 45 ans, l'un des enfants du fondateur de l'agence El Djazaïr. "Il faut qu'on passe à autre chose. La vraie victoire, ce sera quand on aura une élection démocratique. Ça, ce sera chouette", dit-il, avec un petit espoir : "on a actuellement un créneau où l'Algérie peut reprendre son destin en main. J'espère vraiment que ça va se faire".

- L'inconnue de l'armée -

Mêmes sons de cloche à Marseille, qui compte une des plus importantes communautés algériennes de France. Certains comme Fadela, une dame de 74 ans, crient leur bonheur: "je suis heureuse, si heureuse, vous voyez je pleure", raconte la vieille dame, cabas à la main, foulard bleu sur la tête, qui fait ses courses sur le marché des Capucins, le coeur populaire de Marseille. "J'étais en Algérie le 14 mars, je n'avais jamais vu une jeunesse comme ça", s'enthousiasme-t-elle.

Mais d'autres s'inquiètent pour la suite. "Moi j'ai peur de l'armée, je vous dis franchement. Ça revient à un régime dictatorial. Ils sont en train d'endormir les gens", assène Ahmed Abbad, très remonté contre le régime et les généraux "qui ont pillé l'Algérie".

Même Ahmed Gaïd Salah, le chef d'état-major de l'armée algérienne, qui avait demandé mardi la mise à l'écart "immédiate" du président algérien, n'a pas grâce à ses yeux: "C'est le dictateur de l'Algérie", accuse-t-il.

Et tous réclament que l'Algérie soit enfin confiée aux jeunes. "Les anciens, c'est fini, c'est tous des voleurs, un par un", lâche Hamid Kadri, pour qui il faut un total renouvellement des gens au pouvoir à Alger et leur remplacement par "des gens qui comprennent la jeunesse".

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