Italie: Luigi di Maio, le visage modéré et flexible du M5S

Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème), représente à 31 ans le visage modéré de ce parti contestataire qu'il a conduit au pouvoir en Italie, au prix d'une alliance avec l'extrême droite.

En quelques mois de campagne électorale cet hiver, ce Napolitain lisse, au costume toujours impeccable, est parvenu à faire oublier les vociférations légendaires du fondateur du mouvement, le comique Beppe Grillo.

A presque 70 ans, ce dernier a manifesté son désir de prendre ses distances avec un M5S devenu "mature" en lançant un nouveau blog et en retournant sur les planches, où il avait mûri l'idée d'un mouvement basé sur la démocratie participative directe.

Sans vraiment laisser les clés, il a cédé le devant de la scène politique à Luigi Di Maio, désigné en septembre 2017 pour mener la campagne des législatives après un vote en ligne des militants où il a obtenu 82% des voix).

C'est donc le fringant dauphin qui, pendant une campagne où il a sillonné la péninsule, a essuyé les coups de ses expérimentés adversaires: de Silvio Berlusconi (droite) à Matteo Renzi (centre gauche) en passant par son nouvel allié Matteo Salvini, le patron de la Ligue (extrême droite).

Souvent taxé par ses opposants d'inexpérience, voire d'incompétence, en raison de son jeune âge et d'un CV plutôt mince, il a pourtant rassemblé sur son nom quelque 11 millions d'électeurs, soit plus de 32% des voix, et fait du M5S le premier parti de la péninsule.

"Il est très populaire parmi les militants et sa force consiste dans le fait d'être complètement différent de Beppe Grillo, aussi bien dans sa communication que dans son apparence", explique à l'AFP Alberto Castelvecchi, professeur de communication à l'université Luiss de Rome.

- Le plus jeune -

Entré au mouvement en 2007, le jeune homme en a rapidement gravi les échelons jusqu'à parvenir au sommet, en moins de dix ans.

Après un échec aux municipales de 2010 dans sa ville natale de Campanie, il devient député et vice-président de l'assemblée en 2013 - il est le plus jeune à avoir occupé ce poste dans l'histoire de la République - avant de s'imposer comme le leader politique incontesté du M5S.

"Di Maio a été créé pour être modéré, rassurant pour les mamans", écrit le journaliste Jacopo Iacoboni dans un livre sur le jeune leader qu'il définit comme "une créature totale de la Casaleggio Associati", la société de conseil informatique qui gère le site internet et l'activité du M5S.

Fils d'un ex-dirigeant du Mouvement social italien, parti néo-fasciste aujourd'hui dissous, Luigi Di Maio réfute le terme de populiste, qu'il juge péjoratif pour qualifier le M5S, et assure ne pas vouloir d'une Italie extrémiste ou anti-européenne.

Doté d'un calme à toute épreuve, selon ses collaborateurs, il est aussi celui qui aura assagi la doctrine du M55 sur la sortie de l'euro ou sur les alliances avec d'autres partis.

Alors qu'il a construit une bonne part de sa popularité sur le refus de tels accords, il a tendu la main après les élections aussi bien au Parti démocrate (centre gauche), qu'il avait longtemps décrié, et qui a refusé de la saisir, qu'à la Ligue, avec laquelle la synthèse a cependant été délicate.

Happé très jeune par la politique, Luigi Di Maio a entamé des études de droit, sans les mener à leur terme. Quant à ses expériences professionnelles, elles se limitent à avoir été brièvement administrateur d'un site web, assistant réalisateur et stadier.

Ce qui fait dire à ses détracteurs qu'il n'est que la marionnette de Beppe Grillo et n'est pas intellectuellement armé pour faire partie de la direction de la troisième économie de la zone euro.

Ce à quoi il répond: "Le chancelier autrichien a mon âge, le président français 40 ans. L'heure est aux jeunes".

Vos commentaires