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Jean-Marc Rouillan, ancien d'Action Directe, "vieux monsieur qui a toujours des idées révolutionnaires"

Jean-Marc Rouillan, ancien d'Action Directe,
Jean-Marc Rouillan pose le 17 septembre 2018 dans les locaux de l'AFP à ParisJOEL SAGET

Sous un front sillonné par des rides profondes, Jean-Marc Rouillan, le cofondateur du groupe armé d'extrême gauche Action Directe qui a passé "un quart de siècle derrière les murs" pour assassinats, se voit comme un "vieux monsieur qui a toujours des idées révolutionnaires". Et n'exprime aucun regret.

Arrêté en 1987, Jean-Marc Rouillan, condamné à perpétuité pour les assassinats du général René Audran et du PDG de Renault, Georges Besse, a passé 24 ans en prison, dont plus de sept à l'isolement.

Figure historique d'Action Directe, groupe d'obédience marxiste-léniniste qui prônait "la lutte armée contre l'Etat", avec notamment Joëlle Aubron (décédée), Nathalie Ménigon, Georges Cipriani ou encore André Olivier, son organisation a revendiqué ou s'est vu attribuer près de 80 attentats.

N'étant plus sous le coup d'aucune condamnation que depuis mai, son livre rédigé en prison - "Dix ans d'Action directe" (Agone), signé Jann Marc Rouillan ("une vieille graphie gasconne", précise-t-il avec son accent toulousain) - n'a pu paraître que mi-septembre.

Fini la guérilla. Le "vieux monsieur" de 66 ans "ne court plus aussi vite, il ne peut pas être dans le black bloc". "Il fait ce qu'il peut avec les armes qui sont les siennes aujourd'hui", sourit-il.

Dangereux ? "On m'honore beaucoup à le croire, s'amuse-t-il, je suis surveillé, écouté, suivi."

Dans son polo au crocodile avec col relevé, ce désormais grand-père, qui avait rejoint les anti-franquistes alors qu'il n'avait pas 20 ans, se présente comme un "retraité, heureux", avec ses 53,97 euros de retraite mensuelle. Dans la région toulousaine où il coule "une vie paisible", Jean-Marc Rouillan jardine, "flemmarde", écrit, des scenarii de films notamment.

Son livre est "un document brut et brutal", dont il ne renie pas les descriptions froides et détaillées, comme celles des assassinats du général Audran et de Georges Besse.

"La lutte armée, c'est pas du rêve, c'est de l'action concrète. Et parfois il y a du sang. Des fois, il y a des gens qui meurent, que ce soient des camarades ou des adversaires", argue-t-il.

"Ce livre est là pour apporter un matériel à des gens qui veulent se pencher sur cette histoire, un matériel qui ne soit ni un rapport de la police, ni la presse". C'est "le dernier engagement envers tous les camarades qui ne se sont pas relevés de la prison, morts ou gravement malades".

- "J'assume" -

Sans ambages, il lâche ce constat : "il n'y a pas de repenti chez nous".

"J'assume", dit Jean-Marc Rouillan. Comme en 2008, lorsqu'il avait suggéré lors d'une interview ne pas nourrir de regrets pour l'assassinat de Georges Besse. Une déclaration qui lui avait valu d'être renvoyé en prison.

"On n'a mené aucune action à la légère. C'est presque notre seule vraie victoire, on voulait aller jusqu'au bout, on est allé jusqu'au bout, quelles que furent les années de prison".

"On nous a toujours proposé la négociation: on reniait et on pouvait sortir. Mais on n'était pas dans ce marchandage", dit-il.

"Je considère que mes années de prison font partie de ma militance", déclare cet "abolitionniste", interdit de vote à vie, qui n'a eu de cesse de dénoncer "la dictature pénitentiaire, instrument de torture".

Et de raconter sa sortie des Baumettes fin 2007, à l'aube, à l'arrière d'un fourgon : "On vous largue à un arrêt de bus avec un ticket qui s'appelle - sans rigoler - +le pass liberté+ et vous vous retrouvez dans un bus bourré de monde, jeté à la rue"

Jean-Marc Rouillan a de nouveau été condamné en 2016 à de la prison ferme, lorsqu'il avait jugé les auteurs des attentats de 2015 "courageux", mais sa peine avait alors été aménagée.

Quand il ne jardine pas, il fait la promotion de ses livres, participe à des débats, dans "les centres sociaux, avec les prisonniers politiques", a des contacts avec "les banlieues, les ZAD, le mouvement antifasciste".

L'antifascisme reste son combat, la prison sa haine : "Totalement impliqué dans le soutien" au militant Clément Méric, mort en 2013 après une bagarre avec des skinheads qui viennent d'être jugés, il refuse "qu'on se réjouisse d'une condamnation à une longue peine, même pour des fascistes".

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