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L'affaire Benalla fait resurgir l'idée d'une refonte de la préfecture de police de Paris

L'affaire Benalla a vu resurgir l'idée d'une refonte de la préfecture de police (PP) de Paris, institution parfois qualifiée d'"exception" voire de "forteresse imprenable", un projet régulièrement évoqué par la classe politique mais jamais mis en oeuvre.

Lors des auditions devant les commissions d'enquête parlementaires mises en place après la révélation de cette retentissante affaire, le fonctionnement de la PP, dirigée par Michel Delpuech, a été sévèrement mis en cause et certains se sont interrogés, à l'instar de la députée LREM Alice Thourot, sur l'opportunité de "repenser" son organisation.

"Le problème de la préfecture de police est historique", a expliqué à la presse Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat majoritaire des cadres de la Sécurité Intérieure (SCSI) à l'issue d'un entretien mardi avec le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, pour "rassurer" les policiers après l'affaire Benalla.

Parallèlement à la police nationale, la PP a depuis toujours sa propre police judiciaire, sa brigade d'intervention, sa direction de l'ordre public, son infirmerie psychiatrique ou encore son service de renseignement.

"C'est une organisation assez lourde, en tuyaux d'orgue: des services qui sont les uns à côté des autres avec un poids hiérarchique très important de certains directeurs de la préfecture de police", selon M. Bailleul.

Créée en 1800, la PP -- 43.800 personnes dont 27.500 policiers et 8.400 sapeurs-pompiers -- se qualifie elle-même d'"administration unique en France".

"Comment se fait-il que partout en France, il y ait des directions zonales de la Police aux frontières (PAF) qui traitent majoritairement des migrants et que la seule exception en France, c'est la PP ? Il n'y a pas de direction zonale de la Police de l'air et des frontières, c'est la direction de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) qui s'en occupe. Pourquoi cette spécificité, pourquoi cette exception ?", a interrogé Jean-Marc Bailleul.

- "Un Etat dans l'Etat" -

Le syndicaliste n'est ni le premier, ni le seul à s'interroger sur la "spécificité" de la PP.

En 2011, dans un livre-programme ("11 propositions chocs pour rétablir la sécurité"), le socialiste Jean-Jacques Urvoas, avant de devenir Garde des Sceaux, proposait même "l'abolition" de cette "hérésie juridique".

En février 2017, le sénateur Philippe Dominati (LR) préconisait dans un rapport intitulé "La préfecture de police de Paris: qui trop embrasse mal étreint ?", de transférer certaines compétences du préfet de police notamment en matière de police judiciaire et de renseignement afin de "recentrer la préfecture de police sur son cœur de métier".

"Bizarrement à chaque fois qu'ils arrivent au pouvoir, ils ne réforment jamais", souligne Jean-Marc Bailleul pour qui "il peut y avoir une spécificité préfecture de police mais il faut clarifier les rôles de chacun".

"La PP, Etat dans l'Etat, a été créée par Bonaparte qui face au tout puissant ministre de la police nationale Fouchet voulait un contre-pouvoir", rappelle à l'AFP l'historien Jean-Marc Berlière. "Depuis, jamais les pouvoirs successifs ne réussiront ou désireront y mettre fin", ajoute-t-il.

"Aucun ministre de l'Intérieur n'a réussi à ce que la PP ne soit pas cet Etat dans l'Etat", selon l'historien. "C'est tellement vrai que devenir préfet de police de Paris est le bâton de maréchal dans la police".

Il cite notamment en exemple Michel Gaudin qui, après avoir été directeur général de la police nationale, a pris le poste de préfet de police de Paris (2007-2012). "J'ai eu des coups de fils d'Anglais qui ne comprenaient pas en quoi il était plus prestigieux de devenir préfet d'une zone plutôt que de diriger la police nationale", s'amuse-t-il.

Fondre la préfecture de police dans la police nationale semble compliqué: "Cela peut être pratique pour le pouvoir d'avoir une préfecture et un préfet qui peut servir de fusible supplémentaire", glisse une source policière.

"Cela fait trente ans que je travaille dans la police et cela fait trente ans que j'entends parler de la réforme de la préfecture de police. C'est une forteresse imprenable", résume un fonctionnaire.

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