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Inceste: la Ciivise sonne l'alarme, le gouvernement promet d'agir

 

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Le gouvernement a annoncé mercredi des mesures pour lutter contre les violences sexuelles sur mineurs, inspirées par la Commission Inceste qui a publié le même jour une analyse de leurs conséquences traumatiques.

Il a notamment annoncé le "dépôt au Parlement d'une modification législative permettant le retrait de principe de l'exercice de l'autorité parentale en cas de condamnation d'un parent pour violences sexuelles incestueuses sur son enfant".

Ce "retrait de principe" serait prononcé "sauf mention contraire de la juridiction de jugement par motivation spéciale", indique le secrétariat d'Etat à l'Enfance dans un communiqué.

Le gouvernement va également lancer début 2023 "une grande campagne nationale sur les violences sexuelles faites aux enfants", une demande de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) alors que la dernière date de 2002.

Il entend créer une "cellule de conseil et de soutien pour les professionnels destinataires de révélations de violences sexuelles de la part d'enfants".

Sur le plan judiciaire, le gouvernement veut aussi renforcer "l'accompagnement de l'enfant" tout au long du processus pénal "par les associations d'aide aux victimes et avec l'intervention d'un administrateur ad hoc, en cas de défaillance parentale".

Ces mesures s'inspirent des préconisations de la Ciivise, lancée en janvier 2021 pour aiguiller les politiques publiques de lutte contre les violences sexuelles sur mineurs.

La Ciivise, qui évalue à 160.000 le nombre de mineurs victimes chaque année, publie mercredi un rapport sur l'appel à témoignages qu'elle a lancé il y a un an.

Absence de libido, refus de maternité, addictions, anorexie... les victimes de violences sexuelles dans l'enfance en subissent les conséquences traumatiques à l'âge adulte, alerte cette Commission qui a reçu en un an 16.414 témoignages.

"Ce qui saute aux yeux en lisant les mails reçus, c'est l'expression de la souffrance, une souffrance extrême et qui dure. Ce n'est pas penser à quelque chose de douloureux qui s'est passé il y a longtemps, c’est l'éprouver aujourd'hui", explique à l'AFP le juge Edouard Durand, coprésident de la Ciivise.

- "cauchemars" -

"J'ai pris perpétuité à huit ans": ceux qui témoignent évoquent "presque toujours" des conséquences "sur leur vie intime à l'âge adulte, leur couple, leur vie de parent, leur sexualité", note le rapport.

Quatre femmes sur dix rapportent des douleurs, principalement du vaginisme. Près d'un homme sur trois des troubles de l'érection.

Trois victimes sur dix évoquent une absence ou baisse de libido ou une absence de vie sexuelle.

"Ma sexualité a été une longue traversée du désert. J'ai été atteinte de vaginisme pendant une vingtaine d'année", dit une femme citée dans le rapport.

Beaucoup de témoignages évoquent aussi un refus de la maternité et la peur de reproduire les agressions sur leur propre enfant.

Ces violences subies enfant ont aussi un impact sur la santé de l'adulte: la grande majorité ont "développé des comportements à risque".

Troubles alimentaires, addictions, agressivité, tentatives de suicide sont les plus souvent rapportés. Une femme sur deux décrit ainsi un trouble alimentaire (anorexie, boulimie...). Quatre hommes sur dix un problème d'addiction (alcoolisme, drogue).

"Je prends de l'alcool ou du cannabis pour m'anesthésier, et non pas pour chercher un effet récréatif, euphorique. C'est simplement pour pouvoir sombrer dans un sommeil sans rêve, puisque les rêves sont essentiellement formés de cauchemars", dit un autre.

Parmi les préconisations qu'elle appelle les pouvoirs publics à mettre en oeuvre "d'urgence", à l'approche des discussions budgétaires, la Ciivise demande aussi de garantir et de rembourser aux victimes des soins spécialisés en psychotrauma, actuellement peu accessibles et onéreux.

"Je crois que j'ai dépensé une voiture ou deux pour ma reconstruction psy", dit un témoignage.

Elle revendique plus de moyens pour les services de police judiciaire spécialisés dans la cyber-pédocriminalité, alors que le "grooming" (approcher un enfant par internet pour l'agresser sexuellement) a bondi.

Comme en écho aux témoignages de la Ciivise, l'actrice Corinne Masiero a évoqué lundi sur France Inter les conséquences de l'inceste qu'elle a subi: "Il y a deux mots que je déteste, c'est amour et famille. Volontairement, j'ai pas voulu avoir de gosse car, à un moment, la chaîne, il faut la casser".

Elle témoignera, avec d'autres, dans le documentaire "Inceste, le dire et l'entendre", diffusé le 26 sur France 3. Envoyé Spécial traitera aussi de l'inceste dans son édition jeudi.


 

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