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La création du CNM sonne faux pour certains professionnels de la musique

La création du CNM sonne faux pour certains professionnels de la musique
Le futur Centre national de la musique (CNM) inquiète la filière qui redoute une "coquille vide" et critique le flou entourant son financement et son modèle de gouvernanceGUILLAUME SOUVANT

A moins de trois mois de sa naissance, le futur Centre national de la musique (CNM) inquiète la filière qui redoute une "coquille vide" et critique le flou entourant son financement et son modèle de gouvernance.

Évoquée depuis plus de dix ans, la création de l'établissement public a été actée mercredi par le Parlement. Il sera placé sous la tutelle du ministère de la Culture et devra soutenir la création musicale (à l'instar du CNC qui existe depuis 1947 pour le cinéma).

Il remplacera le Centre national de la chanson, de la variété et du jazz (CNV), qui soutient le spectacle vivant de musiques actuelles et de variété depuis 1986.

Le CNM rassemblera aussi le monde de la musique enregistrée, jusqu'alors séparé de la musique "live", et d'autres structures (le Fonds pour la création musicale, FCM, et le Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles, IRMA).

- "Flou artistique" -

Sa mise en place préoccupe Olivier Darbois, membre du conseil d'administration de la CNV et président de l'organisation patronale qui représente les entreprises du spectacle musical et de variété en France, le PRODISS.

Mercredi, il a profité de sa présence sur la scène du MaMA festival, qui mêle concerts et conventions sur l'industrie musicale, pour faire entendre ses inquiétudes.

"Il est temps de mettre la musique sur un pied d'égalité avec le cinéma. Mais il ne peut pas y avoir de CNM sans financement extra-sectoriel. L'établissement devra passer de 36 personnes travaillant à la CNV à 111 personnes et il n'y a pas une amorce de financement".

Il s'interroge aussi sur le travail qui sera mené par le CNM : "Nous sommes à trois mois de son application, et on ne sait rien des programmes. Nous luttons pour que ceux existants soient reconduits, mais nous restons dans le flou artistique le plus total".

Pour Malika Seguineau, directrice générale du PRODISS, "il y a beaucoup d'incertitudes. Nous avons la conviction que c'est un projet transversal indispensable, mais là, des entreprises déposent des demandes d'aides et ne savent pas si elle seront maintenues. On a besoin de garanties et de sécurité".

"Ce que l'on sait, c'est que l'État apporte 7,5 millions d'euros" poursuit-elle. "Cela fera un budget total de 50 millions d'euros, mais qui repose en grande partie sur une taxe fiscale, variable. Et selon le rapport parlementaire commandé par le Premier ministre, il y a besoin d'au minimum 20 millions d'euros simplement pour amorcer le CNM. Ce serait bien si certaines plateformes de musique en ligne contribuaient, car ces opérateurs se servent de nos investissements pour créer du flux".

Pour Clarisse Boissière, directrice de la communication et des relations extérieures de la Sacem, "le niveau d'ambition, sans financement extérieur, semble inquiétant".

- Intégration progressive -

Même son de cloche du côté de Gilles Petit, président du CNV : "Le rapport parlementaire parlait d'un recours à des sources extra-sectorielles. Le budget du CNV n'est aujourd'hui que de 35 millions d'euros". A titre de comparaison, celui du CNC atteignait plus de 700 millions d'euros en 2017.

Il questionne aussi le modèle de gouvernance de l'établissement public. "Le CNM est un projet passionnant, c'est une bonne chose. Mais nous voulons que nos acquis, cette construction unique du CNV, cogéré par les professionnels, soit conservée. On remet le CNV entre les mains de l'État, qui va fixer le règlement intérieur et décidera des aides à l'avenir. On ne demande pas grand chose, juste que soient considérées les organisations professionnelles qui font la force du CNV".

Pour le ministère de la culture, "l'idée est de rassembler l'ensemble des acteurs du monde de la musique dans une maison commune en partant du principe qu'à plusieurs, on est plus forts". "Le CNM intègrera l'ensemble des moyens qui leurs étaient affectés par l'État ou leurs propres contributions, ce à quoi l'État injecte 7,5 millions d'argent nouveau. C'est un signe très fort pour la première année, et l'idée est de pouvoir continuer à abonder".

Seul le CNV sera intégré au premier janvier. "L'idée est de translater l'activité des structures au fur et à mesure où elles vont être intégrées" résume le ministère. "Le but est qu'en 2020 on fasse la même chose que faisaient les acteurs précédents pour bâtir le projet stratégique de l'établissement. Le CNM ne peut se faire autrement que par les professionnels".

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