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La gendarmerie célèbre les dix ans de son rattachement à l'Intérieur

La gendarmerie, auparavant dans le giron de la Défense, célèbre les dix ans de son rattachement au ministère de l'Intérieur: présentée à l'époque comme une "révolution", cette réforme voulue par Nicolas Sarkozy n'a jamais été remise en cause même si la cohabitation avec la police n'évite pas les frictions.

Loin des préoccupations du grand public, cette "réforme fondamentale", selon le ministre de l'Intérieur de l'époque Brice Hortefeux, avait suscité passions et craintes en interne, dans l'opposition de gauche comme chez les élus locaux.

Elle touchait à l'une des plus vieilles institutions de la République: la gendarmerie nationale créée en 1791, héritière d'une maréchaussée pluricentenaire. Une identité militaire chevillée au corps et des particularités revendiquées comme autant de particularismes: la proximité ou l'ancrage territorial en zone rurale et périurbaine etc.

Sur fond de révision générale des politiques publiques et de coupes claires dans les moyens de personnels, d'aucuns prédisaient "un enterrement dans l'indifférence" pour la gendarmerie avec comme horizon caché un projet de fusion avec les frères ennemis de la police nationale dont Nicolas Sarkozy était réputé plus proche. Le tout dans un ministère de l'Intérieur jugé hypertrophié par l'opposition.

"Au départ, cette évolution a créé des doutes et des appréhensions", reconnaît un cadre de la gendarmerie. "Il a fallu apprendre à se connaître mais le bilan est positif."

"Dix ans après, mon regard n'a pas changé mais ça s'est mieux passé que prévu", juge Jean-Hugues Matelly, ex-lieutenant colonel de la gendarmerie et chercheur associé au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), auteur à l'époque d'une tribune très critique sur le rattachement qui lui avait valu les foudres de sa hiérarchie.

"Ce qui était dans les cartons (la fusion, ndlr) n'a pas pu être mené en raison des alternances politiques", soutient l'ancien officier.

Les alternances n'ont pas non plus défait ce que Nicolas Sarkozy avait impulsé. "Cette réforme était un défi et une nécessité", a salué vendredi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner lors d'un colloque célébrant les 10 ans du rattachement.

- "Saine émulation" -

Parachevant un rapprochement déjà engagé à petits pas depuis quelques années, la loi du 3 août 2009 déplaçait les quelque 100.000 gendarmes de l'époque du giron de la Défense à la place Beauvau. Tout en maintenant leur statut militaire.

La "complémentarité" et l'"efficacité" présentées à l'époque comme deux objectifs de la réforme se sont traduites avec plus ou moins de bonheur sur le terrain mais aussi par le partage de direction et d'opérateurs communs pour les relations internationales, les télécommunications ou les achats de matériel.

Bercy ou la Cour des Comptes poussent pour toujours plus de mutualisation avec à la clef l'espoir d'économies substantielles. Demain, pourrait venir le tour de la police technique et scientifique, toujours plus coûteuse.

Mais l'exercice est délicat pour tout ministre de l'Intérieur tant les deux forces sont jalouses de leurs prérogatives.

"Le rattachement n'a pas du tout mis fin à ce que l'on pourrait rapidement qualifier de +guerre des polices+, ça a au contraire attisé les comparaisons entre policiers et gendarmes", commente M. Matelly.

"C'est de la saine émulation", positive le cadre de la gendarmerie. "On travaille ensemble sur la police de sécurité du quotidien, le maintien de l'ordre ou le schéma national d'intervention (...) Quand on parle de frictions ou de tensions, il s'agit davantage de réactions d'individus que d'institutions."

Côté policiers, on a néanmoins assez peu apprécié les critiques à peine voilées sur la gestion du maintien de l'ordre lors des manifestations des "gilets jaunes" venues de l'autre maison. "Ca a choqué beaucoup de policiers (...) Au sein d'un même ministère, on est chacun pour soi", commente Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT).

D'autres cadres policiers ne cachent cependant pas une réelle admiration pour le modèle "intégré" et "pyramidal" de la gendarmerie à rebours de l'organisation en "tuyaux d'orgue" de la police.

Pour M. Matelly, le maintien de deux forces est en tout cas un gage démocratique: "Deux forces, c'est l'assurance de n'être prisonnière d'aucune, pour le pouvoir comme pour le citoyen."

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