En ce moment
 

L'heure de vérité pour la réforme du prélèvement à la source

Après trois ans de préparation, d'inquiétudes et d'hésitations, le prélèvement à la source est devenu une réalité au 1er janvier pour 38 millions de contribuables. Un "big bang" à haut risque pour l'exécutif, confronté au ras-le-bol fiscal des "gilets jaunes".

Y aura-t-il un bug technique ou des ratés dans le calcul du prélèvement? Quel sera "l'effet psychologique" de la réforme sur le pouvoir d'achat? Interrogé mercredi lors d'un déplacement à Amiens, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin s'est dit "confiant".

"Nous sommes le 2 janvier au matin. On avait prédit que tout début janvier il y aurait un bug général et que nous ne pourrions plus rien faire (...) Ce n'est pas le cas", a déclaré le ministre lors d'une visite d'un "centre de contact" des Finances publiques, mis en place pour répondre aux questions des contribuables.

"Chacun constate que les choses fonctionnent, que les agents des finances publiques sont au rendez-vous, que le site internet n'a pas +buggé+, que tout le monde a pu travailler et que la République fonctionne ce matin. Je m'en félicite", a-t-il poursuivi.

Interrogé sur l'impact que pourrait avoir la réforme pour les Français, qui verront leur pension ou salaire amputé du montant de l'impôt, M. Darmanin -- qui a répondu devant les caméras à des appels de contribuables - a dit "faire confiance au bon sens" des citoyens.

"Les Français ne sont pas idiots: ils savent qu'il faut payer l'impôt sur le revenu", a assuré le ministre, pour qui la réforme va entraîner un "choc positif" pour les contribuables mensualisés, qui doivent actuellement payer leurs impôts sur dix mois et non sur douze.

"C'est une réforme de simplification du paiement de l'impôt. Cela fait un siècle qu'on aurait dû faire cette réforme", a-t-il insisté, en rappelant que l'ensemble des pays européens avaient d'ores et déjà adopté ce mode de prélèvement.

- "complexe" -

Votée sous le quinquennat Hollande, la réforme du prélèvement à la source est entrée en vigueur officiellement le 1er janvier, avec un an de retard sur le calendrier initialement prévu.

Pour la majorité des Français, à savoir les salariés, le changement du mode de prélèvement ne sera visible qu'à la fin du mois, lors de la réception des bulletins de paye. Mais certains contribuables seront confrontés dès les prochains jours à ce "big bang fiscal".

Le prélèvement sera ainsi effectif dans les prochains jours pour les salariés des entreprises qui pratiquent le décalage de paie (salaire de décembre versé en janvier) et pour les chômeurs, dont les allocations chômage de décembre sont versées en janvier.

La réforme sera échelonnée d'ici au 9 janvier pour les retraites complémentaires et de base. Les travailleurs indépendants, pour lesquels un acompte est demandé, seront pour leur part prélevés mi-janvier.

A cette date, quelque huit millions de contribuables bénéficieront par ailleurs d'un acompte de 60% sur leurs crédits ou réductions d'impôt acquis au titre des revenus de 2017. Un versement qui donnera lieu -- le cas échéant -- à une régularisation en septembre prochain.

De quoi gêner la compréhension de la réforme par les contribuables? C'est ce que craignent les syndicats des finances publiques, hostiles à une réforme décrite comme excessivement "complexe".

Dans un communiqué, la CGT a ainsi mis en garde lundi contre un vaste "foutoir". La mise en oeuvre de la réforme "pourrait se heurter aux conditions dans lesquelles ces accueils seront assurés devant la masse des sollicitations", a souligné le syndicat.

Au total, 40.000 agents ont été formés pour répondre au sollicitations du public, notamment via un numéro non-surtaxé (0 809 401 401). Un service fortement sollicité avec l'entrée en vigueur effectif de la réforme, qui donne la possibilité aux contribuables qui le souhaitent de modifier leur taux d'imposition.

Selon le ministère des Comptes publics, 280.000 connexions ont été enregistrées mercredi sur le site impots.gouv.fr. Près de 150.000 appels ont par ailleurs été reçus par les centres de contact, et 100.000 visites au guichet ont été signalées.

"Qu'il y ait des interrogations, c'est normal, et l'administration est là pour y répondre". Mais "tous les sondages le montrent mois après mois, et quelles que soient les péripéties nationales: les Français sont favorables au prélèvement à la source", a estimé de son côté Gérald Darmanin.

Vos commentaires