Le combat d'un village des Pyrénées contre la fermeture d'une classe

Le combat d'un village des Pyrénées contre la fermeture d'une classe
Une banderole porte la colère des parents et d'élus du village de Gavarnie-Cèdre contre la fermeture d'une classe PASCAL PAVANI
education, ecole

"Non à la fermeture d'une classe": sur le portail de la petite école, une banderole porte la colère de parents et d'élus du village de Gavarnie-Cèdre, au coeur des Pyrénées. Ils se sentent sacrifiés par l’Éducation nationale au nom d'une logique arithmétique.

La lutte de ces villageois pour sauvegarder l'une des deux classes de leur école s'inscrit dans une vive polémique opposant acteurs du monde éducatif au gouvernement sur les fermetures de classes en zones rurales, qui feraient les frais des dédoublements dans l'éducation prioritaire en ville.

Né de la fusion de deux petites communes en 2016, le village des Hautes-Pyrénées, d'environ 400 habitants, est composé de deux hameaux accrochés aux méandres du Gave de Pau. Le premier, Gèdre, à mille mètres d’altitude, est à 12 km de Luz-Saint-sauveur. Le second, Gavarnie, est 7 km plus loin et 400 mètres plus haut. Un site majestueux classé à l'Unesco.

"Nous, on a fait le choix de vivre ici, pour donner la même qualité de vie à nos enfants que celle que l'on a eue", lance Grégory Fedacou, un grand gaillard natif de la vallée de la Toy.

Cet employé de mairie, qui est également "pompier volontaire et bénévole au comité des fêtes", explique que cette "qualité de vie" à une contrepartie, un certain isolement et des conditions hivernales difficiles. "Il faut s’investir dans un village", dit-il soulignant l'importance de la communauté.

Depuis l'annonce de la fermeture de l'une des deux classes, Grégory a rejoint la dizaine de parents qui se battent contre l'Inspection académique, alors même que sa petite Margaux n'est pas encore en âge d'être scolarisée.

- "L'âme du village" -

"L'école c'est l'âme du village, si on la perd comment on pourra attirer des jeunes", demande Huguette Savoie, la maman de trois enfants dont deux sont scolarisés. Cette kinésithérapeute raconte son "véritable choix de vie". Comme d'autres trentenaires, elle vient de "faire construire": "C'est formidable, les enfants viennent à pied à l'école".

Huguette est dithyrambique sur les deux "classes uniques": vingt élèves qui vont de la petite petite section de maternelle au CM2, "c'est une famille, les plus grands aident les plus petits".

Mais cet équilibre, est précaire et la mission semble compliquée s'il ne reste plus qu'un seul enseignant face à des élèves dont les âges vont de deux à 11 ans.

"On subit ça depuis des années, on a perdu la poste, la gendarmerie, après c'est l'école?", lance Huguette.

Du côté de la mairie, même incompréhension et même colère. Encore affublé de sa tenue de moniteur de ski, le maire Michel Gabail, explique comment il a appris début février, "par un syndicat enseignant", que dans la nouvelle carte scolaire il perdait un enseignant.

Pourtant, un mois plus tôt l'inspecteur d'académie lui avait assuré qu’il n'y aurait pas de fermeture de classe. "J'ai le sentiment qu'ils se foutent un peu de nous", tempête l'élu.

Il affirme que l'administration avait promis aux communes de montagne 5 postes en contrepartie d'une convention signée entre les parlementaires de la circonscription, le département et l’Éducation nationale. "Au final on nous supprime 10 postes", déplore-t-il.

Après quelques semaines de mobilisation des parents et de lobbying des élus, l'inspecteur a proposé de conserver, "à titre provisoire", un mi-temps en plus du professeur à temps complet dans la petite école de Gavarnie-Gèdre. "Un véritable chantage", fulmine l'élu.

Après avoir manifesté devant l'inspection académique, bloqué des ronds-points, les parents réfléchissent à de nouveaux moyens d'actions. "On va séquestrer l'inspecteur", martèle une maman, déclenchant l'hilarité des autres parents.

"Sans école, plus de villages", dit une autre. Et là, plus personne ne rit.

Vos commentaires