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Le Nobel dans la tourmente #MeToo: un Français renvoyé pour viol

Le Nobel dans la tourmente #MeToo: un Français renvoyé pour viol
Un Français accusé en plein scandale #MeToo par plusieurs femmes de les avoir agressées en usant de son influence sur la scène culturelle suédoise, va être jugé pour viol BERTRAND GUAY

Le scandale a provoqué l'implosion de l'Académie suédoise et le report du Nobel de littérature 2018: Jean-Claude Arnault, un Français accusé en plein scandale #MeToo par plusieurs femmes de les avoir agressées en usant de son influence sur la scène culturelle suédoise, va être jugé pour viol, a annoncé mardi le parquet suédois.

Marié à une membre de l'Académie suédoise, institution plus que bicentenaire qui décerne le prix Nobel de littérature, Jean-Claude Arnault, 71 ans, répondra du viol à deux reprises d'une femme à Stockholm en 2011, des faits qu'il récuse mais pour lesquels le ministère public estime disposer de témoignages crédibles, à défaut de preuves matérielles.

"Les éléments de preuve dans ce dossier sont solides et suffisants pour une mise en accusation", synonyme d'un renvoi devant un tribunal, a expliqué à l'AFP la procureure Christina Voigt, qui invoque des témoignages indirects corroborant le récit de la victime.

La date du procès n'a pas été fixée.

Selon l'ordonnance de renvoi consultée par l'AFP, M. Arnault a contraint la plaignante, plongée dans un état "de peur intense", à un rapport oral et vaginal dans un appartement stockholmois le 5 octobre 2011, puis de l'avoir de nouveau violée dans la nuit du 2 au 3 décembre alors qu'elle dormait.

- Des liens étroits avec l'académie -

En novembre, en pleine campagne #MeToo, M. Arnault avait été dénoncé dans le quotidien de référence Dagens Nyheter par 18 femmes affirmant avoir subi des violences ou avoir été victimes de harcèlement sexuel de sa part.

Jean-Claude Arnault avait aussitôt clamé son innocence par la voix de son avocat mais l'Académie suédoise avait rompu tout lien avec lui et son centre culturel Forum qu'elle arrosait de subsides depuis de longues années.

Le parquet avait ouvert une enquête sur la foi de ces dénonciations. Mi-mars, il avait annoncé qu'une partie des investigations concernant des viols et agressions commis en 2013 et 2015 avait été classée sans suite pour cause de prescription ou faute de preuves.

Dans un courrier électronique à l'AFP, l'avocate de la victime a indiqué que sa cliente était "soulagée et satisfaite du renvoi" de son agresseur présumé.

"Ma cliente a été profondément affectée par ces faits, elle a été offensée et humiliée d'une façon particulièrement grave", a écrit Elisabeth Massi Fritz.

L'avocat de M. Arnault, Björn Hurtig, n'avait pas immédiatement répondu aux sollicitations de l'AFP.

- 'Culture du silence' -

Le scandale, devenu une affaire d'Etat en obligeant jusqu'au roi Carl XVI Gustaf -parrain de l'académie- à sortir de sa réserve, a aussi révélé les liens étroits entre l'Académie suédoise et Jean-Claude Arnault.

Soupçonné d'avoir importuné des académiciennes ou des femmes et filles d'académiciens, mais aussi d'avoir "fuité" le nom de plusieurs lauréats Nobel, il a également perçu des centaines de milliers d'euros de subventions de l'Académie au fil des années.

En ruines, déchirée entre vieille et nouvelle garde, proches de l'épouse de M. Arnault, l'écrivaine Katarina Frostenson, soutiens ou opposants à la secrétaire perpétuelle Sara Danius, l'académie a vu déserter six de ses membres sur 18 -dont Mme Danius-, alors que deux ne siégeaient déjà plus depuis longtemps.

Or ses statuts stipulent qu'au moins douze sages sont nécessaires pour élire de nouveaux académiciens.

Paralysée, moquée dans le monde entier, l'académie a fini par annoncer début mai le report d'un an de l'attribution du Nobel de littérature 2018, une première depuis près de 70 ans. Graal des romanciers, poètes et dramaturges, celui-ci sera annoncé en même temps que le prix 2019.

La mise en accusation de M. Arnault et la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un à Singapour se partageaient la Une des journaux suédois mardi à la mi-journée.

Dagens Nyheter s'est réjoui de ce que le procès permettra de lever le voile sur la "culture du silence" qui pendant des années a protégé l'accusé. "Une partie de l'Académie suédoise s'est activement efforcée de mettre ces faits sous le boisseau et d'esquiver la justice", écrit le journal.

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