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Le parcours politique de l'humaniste ardennais Benoit Lutgen

Le parcours politique de l'humaniste ardennais Benoit Lutgen

(Belga) Biographie

Benoît Lutgen est né à Bastogne en 1970. Il est l'un des fils de Guy Lutgen, l'une des figures importantes du PSC et ministre wallon entre 1988 et 1999. Il a travaillé dans le secteur agro-alimentaire chez Unilever à Marche-en-Famenne et a également collaboré à des projets de promotion des produits agricoles avant de se lancer dans l'organisation d'événements et de conférences. Sur le plan politique, Benoît Lutgen a été président d'arrondissement des jeunes cdH de 1995 à 1998. Il a rejoint l'équipe nationale du parti en 2001 avant d'en être le secrétaire général en 2002. En 2004, il est désigné ministre wallon de l'Agriculture, de l'Environnement et du Tourisme. Ce novice dans un exécutif trouve progressivement ses marques au sein du gouvernement wallon jusqu'à recueillir des commentaires souvent élogieux sur la gestion de ses départements. En 2007, pour les élections fédérales, il est dernier sur la liste cdH en province de Luxembourg. Il n'est pas élu mais réalise le meilleur score de la circonscription. En 2009, lors des élections régionales du 7 juin, il est tête de liste dans l'arrondissement d'Arlon-Marche-Bastogne et recueille 19.000 voix de préférence, ramenant à son parti 3 des 5 députés de la province. Au cours de cette campagne électorale, il se distancie aussi de la ligne du parti -incarnée par Joëlle Milquet- d'alliance avec le PS. Il évoque la possibilité d'une coalition jamaïcaine, associant MR, Ecolo et cdH, comme dans la ville de Namur depuis 2006. Il exprimait ainsi l'opinion de nombreux mandataires et militants wallons marris des critiques sur le "scotchage au PS". Dans le gouvernement Olivier, il devient le ministre de l'Equipement (Travaux publics), en plus de l'Agriculture et de la Ruralité et en charge en outre du patrimoine, de la conservation de la nature et des ressources naturelles. Il met notamment sur pied le Plan Routes qui doit réparer plusieurs années de sous-investissements sur le réseau routier wallon, avant de céder le relais en septembre 2011 à Carlo Di Antonio, afin d'assumer la présidence du cdH. C'est que le gouvernement Olivier avait été négocié pour le cdH par Joëlle Milquet, malgré son mandat ministériel fédéral. Or, le temps passant, ce cumul entre la présidence et une fonction ministérielle passe de plus en plus mal chez certains mandataires du parti lassés d'une identification trop forte du cdH avec sa présidente, d'une stratégie de centre gauche que porte l'alliance avec le PS ou encore d'une vision trop bruxelloise et trop peu régionale. Il faudra attendre décembre 2009 pour que les militants du cdH se prononcent en faveur d'un ticket Milquet-Lutgen, le second devant prendre la succession de la première lorsqu'un nouveau gouvernement fédéral serait formé. Le mauvais score du cdH au scrutin anticipé de 2010, de piètres sondages et la longueur des négociations pour la formation d'un gouvernement fédéral convainquent l'état-major du parti de hâter le mouvement. En avril 2011, Joëlle Milquet annonce qu'au 1er septembre, Benoît Lutgen sera le nouveau président. Elle laisse à son successeur un parti profondément rénové, rajeuni et réimplanté à Bruxelles, sensible à de nouvelles problématiques comme les enjeux urbains et la multiculturalité. Benoît Lutgen, lui, doit d'emblée démentir tout virage à droite de son parti et le positionne "radicalement au centre". Il se fait discret dans les premiers mois de la présidence, mais s'affirme au fur et à mesure, comme lors de la confection des listes électorales, où il doit résister aux demandes d'Anne Delvaux de mener la liste européenne, une place finalement dévolue au syndicaliste Claude Rolin. A l'issue des élections fédérales, régionales et européennes 2014, les résultats confirment la lente érosion de l'électorat cdH, mais il redevient la troisième force politique du paysage francophone, Ecolo ayant pour sa part connu une sévère défaite. Benoît Lutgen lui-même, qui avait habilement choisi d'éviter le clash avec Willy Borsus (MR) au scrutin régional pour préférer la Chambre, cartonne et devient la quatrième personnalité belge la mieux implantée dans sa circonscription (21,34% de taux de pénétration), derrière Bart De Wever (N-VA), Elio Di Rupo (PS) et Paul Magnette (PS). Les résultats du méga-scrutin ont positionné le cdH en parti-pivot d'une coalition de centre droite souhaitée par la N-VA de Bart De Wever et comme arbitre des coalitions possibles dans les entités fédérées. Benoît Lutgen, que l'on disait plus tenté par des coalitions de centre-droite, signe rapidement avec le PS à la Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi qu'avec le FDF à Bruxelles, évitant de la sorte d'être exclu par une coalition PS-MR. Et au fédéral, celui que certains ont désormais surnommé "Monsieur non", à l'exemple de Joëlle Milquet, rejette une note de Bart De Wever pour une coalition avec la N-VA, le CD&V et le MR, au risque de confirmer le scotchage de son parti au PS. Le 19 juin 2017, dans la foulée de multiples scandales (Publifin, Samusocial et ISPPC) Benoît Lutgen ébranle la scène politique belge en annonçant son intention de mettre fin à sa collaboration avec son partenaire socialiste dans les trois instances où cdH et PS siègent ensemble, soit à la Communauté française, à la Région bruxelloise et en Wallonie. Le coup de tonnerre humaniste ne profitera en définitive pas à la formation de M. Lutgen, alors que les cartes n'ont été redistribuées qu'au niveau du gouvernement wallon et à la faveur des libéraux en fin de compte: Willy Borsus (MR) chassant Paul Magnette (PS) à l'Elysette. Lors des élections communales et provinciales de 2018, M. Lutgen se retrouve défié en tant que bourgmestre par son propre frère, Jean-Pierre Lutgen, CEO de la société Ice-Watch, qui se présente tête de liste de Citoyens Positifs pour la ville de Bastogne. L'inimité notoire des deux frères et leurs divergences politiques alimentent les spéculations lors de la campagne. Mais au sortir des urnes, la liste d'ouverture, qui était soutenue par tous les autres partis, n'a pas su faire de l'ombre à la liste du bourgmestre Benoît Lutgen, qui a raflé une majorité absolue tout comme en 2012. A l'issue du scrutin, le président du cdH se dit satisfait "des bons résultats obtenus dans plusieurs bastions" de son parti lors du scrutin communal qui se place comme "la troisième force politique francophone par son ancrage local". La formation orange a conservé plusieurs mayorats à Bruxelles et en Wallonie: Namur, Mouscron, Dour, Gembloux, Woluwe-Saint-Pierre ou encore Jette. Le 15 janvier 2019, alors que le gouvernement fédéral a basculé le mois précédent en affaire courante et que des élections législatives se profilent en mai, M. Lutgen annonce sa démission de la présidence du parti cdH, alors que son second mandat devait prendre fin en octobre. Il motive sa décision, après huit années en fonction, par un "souci du renouvèlement, pour donner sa chance à celui ou celle qui prendra les choses en main, pour apporter du sang neuf". (Belga)

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