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Macron appelle l'Europe à résister aux tentations "autoritaires"

Macron appelle l'Europe à résister aux tentations
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours devant le Parlement européen à Strasbourg, le 17 avril 2018Frederick FLORIN

Le président français Emmanuel Macron a livré mardi un plaidoyer pour la défense de la démocratie dans l'UE, mettant en garde contre "les tentations autoritaires" et les replis nationaux, qui réveillent une "forme de guerre civile européenne".

"Je ne veux pas faire partie d'une génération de somnambules", a lancé à Strasbourg le chef de l'Etat français devant les eurodéputés avec lesquels il a échangé pendant environ trois heures, ponctuées par des applaudissements.

"J'appartiens à une génération qui n'a pas connu la guerre et qui est en train de s'offrir le luxe d'oublier ce que les prédécesseurs ont vécu", a-t-il averti, dressant un tableau sombre de la situation du Vieux Continent sur fond de montée des populismes et du sentiment antieuropéen dans nombre de pays.

"Une forme de guerre civile européenne réapparaît" et "nos égoïsmes nationaux parfois nous paraissent plus importants que ce qui nous unit face au reste du monde", a estimé M. Macron.

- "Souveraineté européenne" -

Ce discours était le premier prononcé devant le Parlement européen, placé sous haute sécurité, par le jeune président français qui avait choisi "l'Ode à la joie" de Beethoven, l'hymne européen, pour célébrer son élection en mai 2017.

Il avait ensuite proposé, dans un discours à la Sorbonne en septembre, 80 initiatives pour "refonder l'Europe", notamment en renforçant la zone euro, en généralisant le programme Erasmus et en taxant les géants du numérique.

Mais cette ambition a jusqu'à présent été freinée par la longue crise politique en Allemagne - dont la chancelière Angela Merkel viendra débattre à son tour au Parlement européen en novembre - et par les victoires de partis eurosceptiques aux récentes élections en Italie et en Hongrie.

Il a appelé "à organiser le vrai débat européen qui permettra à notre peuple de choisir entre ceux qui veulent une Europe du repli et ceux qui sont prêts à porter une Europe d'une souveraineté réinventée, d'une démocratie vivante".

Pour que l'Europe ait les moyens de ses ambitions et d'une "souveraineté européenne" face aux défis internationaux, la France "est prête à augmenter sa contribution" au budget européen dans le cadre du prochain budget pluriannuel post-Brexit de l'UE après 2020, a annoncé M. Macron.

Pour trouver de nouvelles ressources, il a proposé la suppression des rabais "qui ne sauraient survivre au Brexit" et a aussi plaidé pour de nouvelles ressources européennes issues d'une taxe sur le numérique.

Concernant les migrations, l'un des sujets qui divisent le plus les Européens, Emmanuel Macron a appelé à "dépasser le débat empoisonné" sur les quotas de répartition dans l'UE et proposé "de créer un programme européen qui soutienne directement financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés".

-'Retour de la France'-

"La vraie France est de retour. Je salue le retour de la France parmi nous", s'est réjoui le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors du débat en plénière. Mais, a-t-il ajouté, "n'oublions pas que l'Europe n'est pas seulement franco-allemande".

Emmanuel Macron est justement attendu jeudi à Berlin pour s'entretenir de l'avenir de la zone euro avec Angela Merkel, dont le parti conservateur a critiqué lundi notamment son idée de création d'un budget propre à la zone euro pour aider les investissements.

A Strasbourg, le chef de file des socialistes, Udo Bullmann a salué "l'enthousiasme et la passion pour l'Europe" du président français. "Mais les mots ne suffisent pas", a-t-il averti, l'appelant à des "actions concrètes" et critiquant notamment la politique migratoire de Paris.

M. Macron a reçu sur le soutien du chef de file des libéraux de l'ALDE, Guy Verhofstadt, qui l'a encouragé à "persévérer" face aux "forces conservatrices". "Parfois j'ai l'impression que comparé aux conservateurs en Europe même la SNCF est un bastion de réformistes", a dit l'eurodéputé belge, déclenchant des rires dans l'assemblée.

Sur un ton virulent, l'eurodéputé belge Philippe Lamberts (Verts) a de son côté attaqué "l'action en France" de M. Macron, qui "met à mal la devise +Liberté, Egalité, Fraternité+", critiquant les ventes d'armes, le nucléaire ou le démantèlement de camps de migrants.

Le président français a une nouvelle fois défendu les frappes menées en Syrie contre des sites d'armes chimiques par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans l'hémicycle, où quelques eurodéputés avaient brandi des pancartes appelant à "arrêter la guerre en Syrie".

"Ces frappes ne règlent rien mais elles mettent fin à un système auquel nous nous étions habitués qui est que, en quelque sorte, le camp du droit serait devenu le camp du faible", a-t-il plaidé.

En fin de journée, l'ambiance devrait être moins formelle au centre des congrès d'Epinal, où M. Macron débattra de l'avenir de l'UE avec 200 à 300 personnes s'étant inscrites en ligne.

Le président avait expliqué en février que l'objectif de ces "consultations citoyennes", menées dans les 27 pays de l'UE (hors Royaume-Uni), était de "libérer la parole sur l'Europe" dans la perspective des élections européennes de 2019.

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