L'ex-Premier ministre Najib, soupçonné de corruption, interdit de sortir de Malaisie

L'ex-Premier ministre Najib, soupçonné de corruption, interdit de sortir de Malaisie
L'ancien Premier ministre malaisien Najib Razak lors d'une conférence de presse à Kuala Lumpur, le 12 mai 2018ROSLAN RAHMAN

Après le retour spectaculaire au pouvoir en Malaisie de Mahathir Mohamad, le Premier ministre sortant Najib Razak, empêtré dans un scandale de détournement de fonds et soupçonné d'avoir cherché à s'enfuir, s'est vu interdire samedi de quitter son pays.

Des dizaines de personnes en colère se sont rendues dans un aéroport de la capitale Kuala Lumpur, après des rumeurs sur les réseaux sociaux selon lesquelles il était sur le point d'embarquer pour l'Indonésie en compagnie de son impopulaire épouse Rosmah Mansor, connue pour son amour des voyages de luxe et sa collection de sacs à main de grandes maisons.

La foule contrôlait les véhicules accédant à l'aéroport, autour duquel s'était déployée la police antiémeute.

"Je hais Rosmah !", criait un homme.

"Nous avons souffert pendant tant d'années. Je ne veux pas qu'ils s'enfuient du pays", clamait pour sa part un autre, Raja Singham, 49 ans.

M. Najib, fils d'un des pères fondateurs de la Malaisie, est empêtré depuis 2015 dans un scandale de détournement de fonds au détriment de 1Malaysia Development Berhad (1MDB), un fonds souverain qu'il a créé.

Et ce alors que ses compatriotes se plaignent de la hausse des prix, surtout depuis la mise en place il y a trois ans de la TVA.

Depuis la défaite électorale de Najib Razak, 64 ans, aux législatives du 9 mai, les conjectures selon lesquelles il pourrait essayer de partir pour l'étranger allaient bon train, même s'il assurait sur Twitter qu'il n'envisageait qu'une "petite pause" et serait de retour la semaine prochaine.

- "Agir vite" -

"Il est vrai que j'ai empêché Najib de quitter le pays", a reconnu pendant une conférence de presse Mahathir Mohamad, revenu au pouvoir quinze ans après l'avoir quitté.

Interrogé sur le fait de savoir si ces mesures étaient liées à l'affaire 1MDB, celui qui dirigea la Malaisie de manière autoritaire pendant 22 ans (1981-2003) et qui est désormais, à 92 ans, le dirigeant élu le plus âgé du monde, a répondu : "il y a beaucoup de plaintes contre (Najib Razak) et toutes doivent faire l'objet d'une enquête (...) nous trouvons que certaines de ces plaintes sont fondées".

"Nous devons agir vite car nous ne voulons pas nous encombrer d'un problème d'extradition (avec) d'autres pays", a encore dit M. Mahatir.

Najib Razak a quant à lui affirmé dans un tweet "respecter cette décision" et qu'il "restera dans le pays" avec sa famille.

Le même jour, il annonçait abandonner la direction de la coalition qui avait dirigé 61 ans durant la Malaisie.

"J'ai pris la décision de démissionner avec effet immédiat de mon poste de président de l'UMNO (Organisation nationale des Malais unis) et de Barisan Nasional (Front national, BN, dont l'UMNO est le parti dominant)", a fait savoir au cours d'une conférence de presse M. Najib qui avait été à la tête du gouvernement depuis 2009.

"Si le parti a échoué aux législatives, le chef a l'obligation morale de partir", a poursuivi M. Najib, après la victoire historique de l'alliance d'opposition dirigée par son ancien mentor Mahathir Mohamad.

- Anwar Ibrahim bientôt libéré -

Le nouveau Premier ministre a de son côté promis de céder la place à son ex-ennemi juré, l'ancien dirigeant de l'opposition Anwar Ibrahim, actuellement emprisonné, dont il a annoncé vendredi la prochaine grâce par le roi.

Xavier Jayakumar, un des vice-présidents du parti de M. Anwar, a déclaré que sa libération était attendue pour mardi.

Anwar Ibrahim, aujourd'hui âgé de 70 ans, avait été le bras droit de Mahathir Mohamad du temps où il avait dirigé le gouvernement une première fois (1981-2003), puis limogé en 1998 en raison de divergences politiques. Passé dans l'opposition, il avait ensuite été condamné et incarcéré au terme d'un procès controversé pour sodomie et corruption.

Les deux hommes s'étaient réconciliés avant les dernières élections en vue de déloger Najib Razak.

L'opposant avait de nouveau été condamné en 2015, cette fois sous le mandat de M. Najib, à cinq de prison pour sodomie, en vertu d'un jugement tout aussi controversé que le précédent.

Mahathir Mohamad a par ailleurs annoncé les premières nominations dans son gouvernement : Lum Guan Eng aux Finances, Muhyiddin Yassin à l'Intérieur et Mohamad Sabu à la Défense.

Il a en outre laissé entendre que le procureur général Mohamed Apandi Ali, qui a disculpé M. Najib dans l'affaire 1MDB et mis fin à des enquêtes, avait perdu son poste.

Les autorités américaines évaluent à 4,5 milliards de dollars les détournements au détriment de 1MDB.

Environ 700 millions de dollars auraient atterri sur les comptes personnels de Najib Razak.

Ce dernier et 1MDB démentent toute malversation.

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